Guinée : 5e République ou réalité juridique ?

L’adoption de la Constitution de 2025 est présentée comme l’avènement de la « 5e République » en Guinée. Mais entre…

L’adoption de la Constitution de 2025 est présentée comme l’avènement de la « 5e République » en Guinée. Mais entre choix politique et réalité juridique, cette appellation mérite d’être nuancée.

 

Officiellement, l’adoption de la Constitution de 2025 a donné naissance à ce que les autorités et les médias appellent la « 5e République » en Guinée. Cette appellation est présentée comme le symbole d’une refondation institutionnelle et politique, marquant un nouveau départ pour le pays.

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Pourtant, une analyse strictement juridique invite à nuancer cette affirmation. Depuis l’indépendance, la Guinée a connu au moins sept Constitutions distinctes : celles de 1958, 1982, 1990, 2001, 2010, 2020 et enfin 2025.

D’un point de vue constitutionnel classique, chaque nouvelle Constitution fonde un régime distinct, souvent assimilé à une nouvelle République. Sur cette base, la Guinée se situerait donc plutôt dans son septième régime constitutionnel plutôt que dans une 5e République.

Une autre approche, fondée sur le nombre de présidents élus depuis l’indépendance, complique davantage la question. Sékou Touré, Lansana Conté, Alpha Condé et maintenant Mamadi Doumbouya ont exercé la magistrature suprême. Selon cette logique, le pays serait aujourd’hui plutôt dans sa quatrième République. Cette divergence montre que l’appellation officielle de « 5e République » est loin d’être incontestable.

Alors, sur quel fondement Mamadi Doumbouya est-il présenté comme « premier président de la 5e République » ? Tout indique que cette désignation relève avant tout d’un choix politique et symbolique, destiné à marquer une rupture avec le passé et à inscrire le nouveau pouvoir dans une séquence inédite. Mais juridiquement, cette classification n’a pas de base constitutionnelle clairement établie.

La distinction entre 1re, 2e, 3e ou 5e République n’est pas qu’une question de vocabulaire. Elle permet de situer les événements dans l’histoire institutionnelle du pays et de mesurer les continuités et ruptures. Dès lors, l’opinion publique est en droit d’attendre des clarifications sur les critères retenus pour cette appellation officielle.

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