Quelques heures auront suffi pour faire basculer la situation d’Algassimou Diallo. Après avoir été empêché de quitter le territoire national, le procureur général près la Cour suprême a d’abord été suspendu de ses fonctions avant d’être finalement révoqué de la magistrature. La décision a été annoncée jeudi soir par le garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’homme, Ibrahima Sory 2 Tounkara.
À l’origine de cette procédure disciplinaire se trouverait notamment un enregistrement audio attribué à Algassimou Diallo. Dans cette séquence, le magistrat aurait échangé avec l’homme politique Elhadj Cellou Dalein Diallo. Les autorités judiciaires considèrent le contenu de l’enregistrement comme incompatible avec les obligations liées à la fonction de magistrat. Des propos à caractère ethnique y auraient également été tenus.
Informé de ces faits, le ministre de la Justice affirme avoir estimé qu’ils étaient susceptibles de constituer une faute disciplinaire. Il a alors décidé de prendre une mesure conservatoire contre le magistrat. « J’ai été informé de la situation de ces faits, que j’ai estimé pas trop catholique », a expliqué Ibrahima Sory 2 Tounkara, estimant que les comportements rapportés ne correspondaient pas à ceux attendus d’un magistrat.
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Le garde des Sceaux s’est appuyé sur l’article 38 du statut des magistrats pour justifier la suspension. Il a toutefois rappelé que cette première décision n’avait pas, à ce stade, un caractère définitif. Selon lui, le texte permet au ministre de suspendre provisoirement un magistrat lorsqu’une situation le justifie, avant de saisir le Conseil supérieur de la magistrature.
Ibrahima Sory 2 Tounkara a ainsi insisté sur le caractère conservatoire de la mesure. « Ce n’est pas parce que c’est M. Algassimou ou c’est n’importe quel magistrat », a-t-il déclaré, affirmant que tout magistrat se livrant à des pratiques similaires pourrait faire l’objet d’une suspension. Il a également précisé que le garde des Sceaux n’avait pas à attendre une décision disciplinaire pour prendre cette mesure provisoire.
La procédure a toutefois rapidement franchi une nouvelle étape. Réuni jeudi pour examiner le dossier du procureur général près la Cour suprême, le Conseil supérieur de la magistrature a conclu que les faits reprochés à Algassimou Diallo étaient établis.
À l’issue de la session disciplinaire, les faits ont été qualifiés de « manquements graves aux devoirs de son état, à l’honneur, à la délicatesse et à la dignité de la profession de magistrat ». Une conclusion qui a conduit à la sanction la plus lourde : la révocation.
Le garde des Sceaux a confirmé la décision en ces termes : « Algassimou Diallo vient d’être révoqué par le conseil de discipline du Conseil supérieur de la magistrature. Ça veut dire qu’à partir de l’instant, il n’est plus magistrat. » En l’espace de quelques heures, le magistrat est ainsi passé d’une interdiction de sortie du territoire à une suspension, puis à la perte définitive de son statut de magistrat.




