Les résultats de la 6ᵉ Enquête Démographique et de Santé (EDS-VI) ont été officiellement dévoilés ce jeudi 2 juin à Conakry, lors d’une cérémonie organisée dans un réceptif hospitalier de la capitale. Ce rapport de référence, considéré comme un outil central de pilotage des politiques publiques, dresse un diagnostic détaillé de la situation sanitaire et sociale du pays, dans un contexte marqué par la mise en œuvre du programme stratégique « Simandou 2040 ».
Pour l’Institut national de la statistique (INS), cette enquête s’inscrit pleinement dans cette dynamique de transformation nationale. Son directeur général, Makan Doumbouya, a souligné que la production de données fiables est devenue un impératif pour accompagner les ambitions du pays. Il a rappelé que « la sixième enquête démographique et de santé a été réalisée dans un contexte marqué par la mise en œuvre du programme Simandou 2040 », insistant sur la nécessité de disposer d’informations actualisées pour suivre les engagements nationaux et internationaux.
Dans le détail, les données présentées dessinent un paysage contrasté. Selon l’INS, 39 % des ménages ont accès à l’électricité, un taux qui chute à 11,6 % en milieu rural. L’accès à l’assainissement reste limité, avec seulement 31 % des ménages disposant d’installations améliorées, tandis que les écarts entre zones urbaines et rurales demeurent marqués en matière d’eau potable.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Sur le plan démographique, l’indice synthétique de fécondité atteint 4,5 enfants par femme, avec des pics dépassant six enfants dans certaines régions comme Kankan et Faranah. L’enquête révèle également que 23 % des femmes expriment encore des besoins non satisfaits en planification familiale, alors que seulement 7 % utilisent une méthode contraceptive moderne.
Les indicateurs de santé maternelle et infantile montrent toutefois des améliorations partielles. Près de 80 % des femmes enceintes bénéficient de consultations prénatales assurées par du personnel qualifié, et 67 % des accouchements se déroulent désormais en structure sanitaire, contre 55 % en 2018. Mais la mortalité infanto-juvénile reste élevée, avec 95 décès pour 1 000 naissances vivantes, et la mortalité maternelle recule légèrement, passant de 530 à 501 décès pour 100 000 naissances entre 2018 et 2025.
La couverture vaccinale demeure insuffisante, avec seulement 26 % des enfants entièrement vaccinés. Concernant le paludisme, 41 % des ménages disposent d’au moins une moustiquaire imprégnée, mais seuls 22 % déclarent une utilisation effective par tous les membres du foyer la nuit précédant l’enquête.
L’étude met également en lumière des enjeux de santé non transmissibles : 12 % des femmes et 16 % des hommes souffrent d’hypertension, tandis que le diabète touche 18 % des femmes et 19 % des hommes. La prévalence de l’hépatite B atteint quant à elle 7 % chez les femmes et 9 % chez les hommes.
Du côté du gouvernement, la ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Khaïté Sall, a salué des résultats qu’elle juge encourageants, estimant que certains indicateurs traduisent déjà l’impact des politiques publiques engagées. Elle a notamment relevé une baisse de la mortalité infantile, passée de 67 % en 2018 à 61 % en 2025, ainsi qu’un recul de la mortalité infanto-juvénile.
Tout en reconnaissant ces progrès, la ministre a insisté sur la nécessité d’accélérer les réformes. Elle a appelé à renforcer l’équité territoriale en matière de soins, à intensifier les programmes de santé reproductive et à agir sur les déterminants sociaux de la santé. Elle a également donné instruction aux équipes sanitaires de faire de chaque décision budgétaire et organisationnelle un levier d’amélioration de la prise en charge.
Le ministre du Plan et de la Coopération internationale, Ismaël Nabé, a pour sa part insisté sur la portée stratégique de ces données. Pour lui, la publication de l’EDS-VI marque un tournant vers une gouvernance fondée sur les preuves, où les statistiques doivent se traduire en politiques publiques concrètes. Il a rappelé que la valeur des indicateurs dépend de leur capacité à améliorer effectivement les conditions de vie des populations.
La cérémonie a réuni plusieurs membres du gouvernement, des représentants des Nations unies et de la Banque mondiale, illustrant l’intérêt accordé à cette enquête, désormais considérée comme une boussole essentielle pour orienter les choix de développement du pays.




