Ce dimanche, le soleil de Guinée ne s’est pas seulement levé sur un jour de commémoration. Il s’est posé sur des géants neufs. Quatre silhouettes massives, bardées d’acier et d’espoir, stationnaient dans une atmosphère de solennité. Le Chef de l’État et son Épouse en ont réceptionné les clés, geste symbolique fort pour ces quatre premières locomotives du TransGuinéen. La première, la locomotive-phare, porte un nom qui résonne comme un retour aux sources : KŌMA. Le village du Président. Un baptême qui sonne comme une promesse : celle d’une histoire qui se réécrit, fièrement, sur des rails guinéens.
La cérémonie, savamment calée sur l’anniversaire du référendum pour l’indépendance, n’avait rien d’un hasard. En effet, c’était tout un symbole qui se mettait en branle. Non plus seulement une souveraineté politique, acquise de haute lutte, mais aussi une souveraineté économique, concrète, tangible, qui s’annonce dans le grondement sourd des moteurs.
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Par ailleurs, SANFINA, BALADOU, KIMBELY… Les autres locomotives, telles des pages de géographie intime, portent elles aussi le nom des terres natales des principaux artisans du projet. Chaque machine devient ainsi le véhicule d’une mémoire, roulant vers un avenir commun.
Une flotte titanesque pour une ambition continentale
Derrière ces quatre pionnières se profile une armada. La flotte complète comptera 143 locomotives et plus de 7 000 wagons, formant la colonne vertébrale d’un projet unique en Afrique. Chaque train, un convoi titanesque de deux locomotives et cent wagons, s’étirant sur près de deux kilomètres, est conçu pour traverser les quatre régions naturelles du pays.
L’objectif est à la mesure de l’ambition : transporter 120 millions de tonnes de minerai de fer dans les deux prochaines années. Cependant, le TransGuinéen est plus qu’un simple couloir minéralier. Il devient donc une artère vitale. Un quai commercial dédié aux marchandises et aux passagers connectera la Guinée à la sous-région, faisant du train le vecteur d’une intégration nouvelle.
Du minerai à l’acier : la naissance d’une nation industrielle
Les discours ont vibré d’une même conviction : la Guinée est sur les rails. Le Président du Comité Stratégique de Simandou a martelé l’atteinte des « impératifs non négociables » : main-d’œuvre locale, marchés pour les entreprises guinéennes, transfert de compétences via la Simandou Academy. Ainsi, le projet se veut une école à ciel ouvert, forgeant un capital humain pour les décennies à venir.
Et l’horizon s’étire bien au-delà de l’extraction. L’annonce choc est tombée : les études pour une aciérie doivent être finalisées deux ans après le début de la production. La volonté est claire : ne plus se contenter d’exporter la matière brute, mais la transformer. Ajouter de la valeur. De ce fait, la Guinée veut devenir une nation industrielle, soutenue par la notation financière B+ de Standard & Poor’s, un sésame qui ouvre les portes des marchés internationaux.
Sur le site de Morebayah, les trois quais majestueux se finalisent. Le rythme des travaux, accéléré depuis les signatures de contrats en 2024 et début 2025, témoigne d’une dynamique irréversible. Les partenaires industriels, réunis pour l’occasion, regardent vers la même ligne d’horizon : une entrée en production avant la fin de l’année.
Ce dimanche 28 septembre 2025, la Guinée n’a pas seulement reçu des locomotives. En réalité, elle a actionné la machine à rêves. KŌMA, SANFINA, BALADOU, KIMBELY… Ces noms de terroir, désormais inscrits sur la carlingue de géants de métal, racontent une autre histoire. Celle d’un pays qui, patiemment et résolument, pose ses propres rails vers son destin. Désormais, le voyage commence ici, dans le crissement des freins et la promesse d’un horizon qui se déplie.
