Affiliée à la FIFA et à la Confédération africaine de football (CAF), la Fédération guinéenne de football (Féguifoot) traverse depuis plusieurs années une période mouvementée. Derrière l’image d’une institution chargée de structurer et de développer le football national se dessine aujourd’hui le portrait d’une fédération régulièrement fragilisée par des conflits internes, des contestations de gestion et des crises de gouvernance successives.
Depuis près d’une décennie, les dirigeants passent, mais les turbulences demeurent. À chaque nouvelle administration, l’espoir d’un retour à la stabilité renaît avant de laisser place à de nouvelles tensions, avec des conséquences directes sur l’organisation du football guinéen, la formation des jeunes joueurs et les performances des équipes nationales.
La première grande crise de cette période remonte à 2016. Alors président de la Féguifoot, feu Salifou Camara, surnommé « Super V », est confronté à une fronde interne. Onze des quatorze membres du comité exécutif dénoncent alors ce qu’ils considèrent comme une gestion opaque de l’institution. La tension monte au sein de l’instance dirigeante, jusqu’à pousser le président à prendre des mesures contre certains responsables, notamment le limogeage de son secrétaire général.
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Face à cette situation devenue préoccupante, la FIFA et la CAF interviennent pour tenter de rétablir l’ordre et ramener le football guinéen vers un fonctionnement plus stable.
Un an plus tard, en 2017, une nouvelle page s’ouvre avec l’élection de Mamadou Antonio Souaré à la présidence de la Fédération guinéenne de football. Mais cette nouvelle direction ne parvient pas à échapper aux difficultés de gouvernance.
En 2021, à la suite de contestations liées notamment au processus électoral, le Bureau du Conseil de la FIFA décide de mettre en place un Comité de normalisation (CONOR). Cette structure reçoit pour mission d’assurer la gestion courante de la fédération et de préparer un nouveau cadre électoral garantissant davantage de transparence.
Initialement prévu jusqu’au 30 juin 2022, le mandat du CONOR est finalement prolongé jusqu’au 30 avril 2023. Cette extension doit permettre l’organisation de plusieurs étapes essentielles : l’adoption de nouveaux statuts, la révision du code électoral, la mise en place des commissions électorales et, finalement, la préparation du congrès électif.
Après cette période de transition, Bouba Sampil accède à la présidence de la Féguifoot en janvier 2024. Mais une nouvelle crise éclate quelques mois plus tard. Accusé à son tour de mauvaise gestion et de malversations financières, il est provisoirement écarté par le comité exécutif le 8 avril 2025.
Pour assurer la continuité de l’institution, Sory Doumbouya, alors vice-président le plus âgé du comité exécutif et président du Milo FC de Kankan, est désigné pour assurer l’intérim.
Cette décision devient définitive quelques semaines plus tard. Le 8 mai 2025, lors de la 18e Assemblée générale ordinaire de la Fédération guinéenne de football, la révocation de Bouba Sampil est confirmée par une large majorité des délégués présents. Sory Doumbouya est alors confirmé à la tête de l’instance jusqu’à la fin du mandat du comité exécutif, prévu en 2028.
Mais une nouvelle fois, la stabilité semble difficile à atteindre. Cette présidence est désormais fragilisée par une série de démissions au sein du comité exécutif, ravivant les interrogations sur l’avenir de la gouvernance du football guinéen.
Au fil des années, les crises internes de la Féguifoot ne se sont pas limitées aux seules questions administratives. Elles ont également eu des répercussions sur le développement du football à la base, la structuration des compétitions nationales et les performances des sélections guinéennes ainsi que des clubs engagés dans les compétitions africaines de la CAF, notamment la Ligue des champions et la Coupe de la Confédération.
Dix ans après le début de cette succession de turbulences, une question demeure au centre des débats : quand le football guinéen pourra-t-il enfin tourner la page des crises de gouvernance et construire une institution suffisamment stable pour porter durablement ses ambitions sportives ?




