Un magistrat guinéen suspendu pour avoir défié le pouvoir

Kaman Gogana Konomou, juge d’instruction au Tribunal pour enfants de Conakry, fait face à une sanction lourde. Le 13 novembre…

Journal de Conakry

Kaman Gogana Konomou, juge d’instruction au Tribunal pour enfants de Conakry, fait face à une sanction lourde. Le 13 novembre 2025, le gouvernement l’a suspendu pour avoir contesté publiquement—texte de loi à l’appui—la procédure de nomination des magistrats par décret du président de la Transition, Mamadi Doumbouya. Ce geste, loin d’un simple désaccord administratif, relance un débat brûlant : jusqu’où va le devoir de réserve et où commence la défense de l’indépendance judiciaire ?

Le ministre de la Justice, Yaya Kaïraba Kaba, a signé l’arrêté. Il reproche au magistrat un manquement au devoir de réserve et aux règles d’éthique. Selon lui, les propos « à caractère politique » publiés sur les réseaux sociaux peuvent perturber « le bon fonctionnement de la justice ». Le gouvernement présente la suspension comme une mesure conservatoire avant la comparution du juge devant le Conseil supérieur disciplinaire.

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Une contestation née d’un décret présidentiel

L’affaire démarre le 1er novembre 2025. Ce jour-là, un décret présidentiel nomme Konomou à un nouveau poste. Pourtant, l’intéressé n’y voit pas une promotion, mais une violation flagrante des textes. Dès le 2 novembre, il rend publique sa protestation et dénonce des « irrégularités procédurales ».

Pour appuyer ses accusations, il cite la Constitution de la Transition, les lois encadrant le Conseil supérieur de la magistrature et surtout les garanties d’inamovibilité des magistrats du siège. Selon lui, ces règles existent précisément pour empêcher l’arbitraire et protéger l’indépendance de la justice. Il affirme que le décret les ignore totalement.

Un bras de fer assumé avec l’exécutif

Le magistrat ne se cache pas. Bien au contraire, il assume son geste avec fermeté. « Si je m’exprime aujourd’hui, c’est pour amener le président de la République à respecter les procédures », déclare-t-il. Il demande ouvertement au général Doumbouya de revoir sa méthode de nomination des magistrats.

Sa sortie publique, rare dans le système judiciaire guinéen, prend rapidement la forme d’un bras de fer. Le juge évoque même la possibilité de saisir la Cour suprême pour contraindre le chef de l’État à appliquer le droit.

Une affaire qui révèle les tensions dans la justice

En suspendant Konomou, le pouvoir choisit la sanction. Cependant, l’affaire révèle surtout les tensions profondes qui traversent l’institution judiciaire. Elle met en lumière la confrontation entre un exécutif qui affirme son autorité et une partie de la magistrature qui redoute de voir son indépendance se réduire, décret après décret.

La suite se jouera devant le Conseil supérieur disciplinaire. Là, le débat dépassera largement le sort personnel du juge. C’est en réalité la définition même de la justice en période de transition qui se retrouvera au centre de l’audience.

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