Guinée : Bah Oury appelle à une réforme de la justice pénale pour accompagner l’essor économique du pays

À l’ouverture de la première Conférence nationale des procureurs, le Premier ministre guinéen Bah Oury a placé la justice au cœur des enjeux de transformation du pays. Devant les magistrats du ministère public, le chef du gouvernement a insisté sur leur responsabilité dans le renforcement de la confiance des citoyens envers l’institution judiciaire, tout en appelant à une adaptation de la politique pénale face aux nouveaux défis économiques et sécuritaires.

Pour Bah Oury, les procureurs occupent une place stratégique dans la construction d’une justice crédible et équitable. Il a salué l’organisation de cette première rencontre nationale qui doit permettre aux magistrats d’échanger sur leurs pratiques, de partager leurs expériences et surtout d’harmoniser l’application de la politique pénale définie par le gouvernement.

Selon lui, cette harmonisation est indispensable pour garantir aux citoyens une égalité de traitement devant la justice, quel que soit leur lieu de résidence. « L’objectif du citoyen, c’est de vérifier si la justice s’applique de la manière la plus équitable, la plus juste, la plus conforme au droit, quels que soient les lieux, quels que soient les particularismes du territoire », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre estime également qu’un effort doit être fait pour rapprocher davantage la justice des populations. Il reconnaît que le fonctionnement de l’appareil judiciaire reste complexe pour de nombreux citoyens et appelle à une meilleure compréhension des procédures. « Nos compatriotes doivent comprendre comment naviguer dans le dédale de l’institution judiciaire, parce que ce n’est pas aussi simple, c’est complexe de savoir comment la justice fonctionne », a-t-il expliqué.

Dans cette perspective, le gouvernement prévoit d’investir davantage dans les infrastructures judiciaires. Bah Oury a annoncé que l’État entend renforcer les moyens consacrés à la justice dès l’exercice budgétaire 2026-2027, afin que l’autorité publique puisse davantage s’exprimer à travers des édifices adaptés aux missions des tribunaux.

Au-delà des questions institutionnelles, le chef du gouvernement a lié l’avenir de la justice aux ambitions économiques de la Guinée. Avec les perspectives de croissance attendues, notamment autour des grands projets comme Simandou, il estime que le pays doit anticiper l’apparition de nouvelles formes de criminalité liées à l’accroissement des flux financiers et à l’utilisation des nouvelles technologies.

« Nous allons vers un niveau de développement économique avec un taux de croissance élevé. Cela signifie qu’il y aura un pouvoir financier, les populations vont bénéficier de plus de revenus », a-t-il déclaré, tout en alertant sur les risques qui pourraient accompagner cette évolution.

Pour lui, l’émergence économique impose une modernisation de la justice pénale afin qu’elle puisse répondre efficacement aux nouveaux défis. « L’attraction amènera des velléités, des criminalités qui vont épouser les nouvelles technologies. D’où la nécessité d’adapter notre justice pénale à ces changements qui sont déjà là », a-t-il indiqué.

Bah Oury a enfin insisté sur le lien entre sécurité juridique et développement économique. Selon lui, la réussite des grands projets nationaux, notamment le programme Simandou porté par le président de la République, dépendra aussi de la capacité de l’État à garantir un environnement sécurisé pour les investisseurs nationaux et étrangers.

« La réussite de la politique définie par le président de la République, notamment le développement des chantiers Simandou, nécessite la sécurisation de l’ensemble des investissements, qu’ils soient locaux ou étrangers », a-t-il affirmé, estimant que cette condition sera essentielle pour permettre à la Guinée d’avancer avec efficacité et justice.

Justice guinéenne : Alphonse Charles Wright de retour aux commandes

Deux ans après son départ remarqué du gouvernement, Alphonse Charles Wright effectue un retour stratégique dans l’appareil judiciaire. Le président Mamadi Doumbouya l’a nommé à la tête de la Cour d’appel de Conakry, dans un contexte de recomposition institutionnelle.

 

Deux ans après la dissolution du gouvernement, sur fond de tensions ouvertes avec le Premier ministre d’alors, Dr Bernard Goumou, l’ancien ministre de la Justice retrouve une fonction majeure. Par décret lu mardi 3 février 2026 à la télévision nationale, le président de la République, Mamadi Doumbouya, a nommé Alphonse Charles Wright premier président de la Cour d’appel de Conakry.

Cette nomination marque le retour officiel de l’ex-Garde des Sceaux dans l’appareil judiciaire, après une période de mise en retrait depuis son départ du gouvernement. À ce poste stratégique, Alphonse Charles Wright succède à Ibrahima Sory II Tounkara, récemment promu ministre de la Justice, garde des Sceaux et des Droits de l’Homme.

Dans un autre décret rendu public le même jour, le chef de l’État a également procédé à un ajustement au sein du parquet. Mohamed Lamine Bangoura a été nommé procureur de la République près le tribunal de première instance de Nzérékoré. Il remplace Algassimou Diallo, désormais avocat général près la Cour suprême.

Ces décisions traduisent la volonté des autorités de renforcer l’appareil judiciaire, à travers un repositionnement de figures clés, dans un contexte où la justice demeure au cœur des attentes institutionnelles et citoyennes.