Faut-il privilégier la discipline budgétaire ou accélérer les investissements publics pour répondre aux besoins de développement ? Pour le Dr Almamy 2 Sylla, expert en programmation financière, le débat ne doit pas se limiter au niveau du déficit budgétaire, mais plutôt porter sur les mécanismes permettant de le financer efficacement.
Lors d’une conférence académique organisée à Conakry, l’économiste a remis en question l’approche orthodoxe qui place la réduction du déficit au cœur des politiques économiques. Selon lui, un État ne peut être jugé uniquement sur sa capacité à maintenir un équilibre budgétaire strict, alors que d’importants défis structurels restent à relever.
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« Ce n’est pas tant le déficit ou son niveau qui compte, c’est comment vous le financez. Un État qui vit dans un souci d’équilibre parfait n’est pas un État réaliste au sens de la pratique de l’économie », a-t-il déclaré.
Pour le spécialiste, l’endettement public n’est pas nécessairement un problème lorsqu’il permet de financer des investissements productifs capables de générer de la croissance et des revenus futurs. Il cite notamment le cas des grandes économies mondiales qui recourent massivement à l’emprunt pour soutenir leurs politiques publiques.
Le Dr Almamy 2 Sylla s’est particulièrement opposé à l’objectif visant à maintenir le déficit budgétaire de la Guinée à un niveau inférieur à 3 % du PIB au cours des prochaines années. À ses yeux, cette contrainte pourrait limiter la capacité de l’État à financer ses grands projets d’infrastructures.
Selon lui, les principales dépenses publiques étant difficilement compressibles : notamment les salaires des fonctionnaires, le remboursement de la dette et le fonctionnement administratif, une réduction excessive du déficit risquerait de se traduire par une baisse des investissements.
« Si vous vous engagez sur un déficit qui ne dépasse pas 3 %, vous mettez en sourdine pour les trois prochaines années tout le programme Simandou et nos grands projets structurants », a-t-il averti.
L’économiste estime notamment que les investissements liés à des projets d’envergure nécessitent une capacité d’endettement adaptée aux ambitions nationales. Selon lui, vouloir maintenir un plafond trop bas pourrait entrer en contradiction avec les objectifs de transformation économique du pays.
Face aux besoins importants de développement de la Guinée, le Dr Almamy 2 Sylla défend ainsi une approche économique plus volontariste, inspirée des politiques keynésiennes, dans laquelle l’État joue un rôle moteur dans la croissance.
« Pour les cinq prochaines années au moins, nous avons besoin d’un volontarisme keynésien, où l’État affiche son ambition et accompagne structurellement les acteurs économiques », a-t-il soutenu.
Pour l’économiste, l’enjeu principal reste donc de définir des priorités claires, de mobiliser des financements responsables et de garantir la confiance des partenaires afin de transformer les investissements publics en véritables leviers de développement.




