Société Education




Examens nationaux en Guinée : le SNE dénonce des « fraudes systémiques » et pointe du doigt les autorités éducatives

Les examens nationaux en Guinée continuent de susciter des débats. Ce lundi 13 juillet 2026, le Syndicat national de l’éducation…

Les examens nationaux en Guinée continuent de susciter des débats. Ce lundi 13 juillet 2026, le Syndicat national de l’éducation (SNE) a choisi de briser le silence lors d’un point de presse consacré au déroulement des évaluations et à la situation du mouvement syndical. Face aux journalistes, son responsable, Pépé Balamou, a dressé un constat alarmant, dénonçant ce qu’il qualifie de « fraudes systémiques » ayant marqué l’organisation des épreuves cette année.

Dès les premières minutes de son intervention, le syndicaliste a estimé que la crédibilité des examens nationaux avait été sérieusement fragilisée par des pratiques frauduleuses à grande échelle. Selon lui, ces irrégularités ne concernent pas uniquement les candidats, mais interrogent également l’ensemble des acteurs impliqués dans le système éducatif.

« Cette année, ces examens ont été caractérisés par la commission massive de fraudes sur toute la ligne. Et cela doit interpeller notre conscience nationale, l’éthique et la déontologie de la profession enseignante, les acteurs institutionnels, les partenaires techniques et financiers, mais aussi les partenaires sociaux et la société civile », a déclaré Pépé Balamou.

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Pour le responsable du SNE, le phénomène dépasse largement les actes isolés de certains candidats. Il parle d’une fraude organisée, impliquant selon lui des personnes censées garantir la transparence et la fiabilité des évaluations.

« Lorsqu’on parle de fraude systémique, c’est cette fraude-là même qui est commise par ceux qui sont chargés de l’empêcher. Je veux parler des autorités éducatives à tous les niveaux », a-t-il affirmé.

Au-delà des accusations de fraude, Pépé Balamou a également dénoncé un manque de clarté dans la gestion financière liée à l’organisation des examens. Il rappelle qu’entre 2016 et 2018, le budget consacré à ces opérations s’élevait à 70 milliards de francs guinéens. À cette période, selon lui, le ministre de l’Éducation en fonction avait utilisé 39 milliards avant de reverser le reliquat au Trésor public.

« En 2016, 2017 et 2018, le budget s’élevait à 70 milliards de francs guinéens. Le ministre d’alors avait dépensé 39 milliards et reversé le reste au Trésor public. Depuis, il n’y a plus aucune communication. C’est le premier point de l’opacité », a-t-il soutenu.

Le syndicaliste s’est également attaqué au choix de certains centres d’examen, qu’il juge favorables au développement de pratiques irrégulières. Il affirme que certaines écoles retenues ne disposaient pas des conditions nécessaires pour garantir un contrôle efficace.

« Nous avons constaté que certaines écoles choisies n’avaient que sept salles et étaient totalement enclavées. Cela devient une source de fraude. On négocie avec des fondateurs d’écoles privées pour favoriser leurs candidats. Des enseignants de ces établissements y sont nommés surveillants pour surveiller leurs propres élèves », a-t-il dénoncé.

Selon lui, ces dysfonctionnements avaient pourtant été signalés avant même le début des épreuves. Pépé Balamou affirme avoir alerté les responsables éducatifs sur les risques liés au choix de certains surveillants.

« J’ai personnellement interpellé l’inspecteur régional, M. Tchapato. Nous avons déposé une liste de dix syndicalistes, aucun n’a été retenu. En choisissant des personnes de faible moralité, on crée inévitablement des dysfonctionnements », a-t-il expliqué.

Dans son réquisitoire, le responsable syndical évoque également l’existence d’un réseau organisé autour de la fraude aux examens. Selon ses déclarations, des copies vierges auraient circulé avant les épreuves et certaines manipulations auraient été réalisées tout au long de la chaîne d’organisation.

« À la veille des examens, des copies d’examen vierges se revendaient entre 100 000 et 150 000 GNF, selon les préfectures. Des comités de rédaction traitaient les sujets la nuit, puis substituaient les copies des candidats soit en salle à la dernière minute, soit au secrétariat, soit directement dans les magasins de centralisation. Ce constat a été remonté par de nombreux correcteurs », a-t-il déclaré.

Pour Pépé Balamou, les responsabilités ne doivent toutefois pas être recherchées uniquement au niveau des structures locales de l’éducation. Il estime que les décisions stratégiques relèvent des plus hauts responsables du département.

« Ce ne sont pas les DPE qui choisissent les sujets, les délégués ou qui acheminent les copies. Les vrais complices se trouvent dans le cabinet du ministre et dans ses directions nationales. C’est là que les responsabilités doivent être situées », a-t-il accusé.

Le responsable du SNE a enfin exprimé son inquiétude face aux chiffres liés aux arrestations pour fraude. Selon lui, 187 enseignants seraient actuellement interpellés sur l’ensemble du territoire national et attendraient leur jugement, contre 145 élèves arrêtés pour des faits similaires.

« Il est paradoxal et humiliant que le nombre d’enseignants fraudeurs dépasse celui des élèves. Si, chaque année, il faut aller libérer les gens de prison pour qu’il y ait récidive l’année suivante, ma foi, cela ne nous honore pas », a-t-il regretté.

À travers cette sortie, le Syndicat national de l’éducation appelle les autorités guinéennes à ouvrir des enquêtes sur les irrégularités dénoncées et à engager des réformes destinées à restaurer la confiance autour des examens nationaux.

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