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Quand les partis dits «forts» draguent les «petits», quelle attitude adopter ?

Au lendemain des élections locales qui ont été émaillées de fraudes et de violences, les partis politiques et les listes de candidatures indépendantes ayant recueilli des sièges dans les  342 circonscriptions électorales sont entrés dans la seconde phase du scrutin pour la désignations des maires qui auront en charge de conduire le leadership au sommet de toutes les collectivités locales du pays.

Au regard du code électoral et du code des collectivités, les maires des communes urbaines et rurales seront désignés par les conseillers élus aux élections locales ; c’est à dire par ceux  disposant au moins d’une voix.

Alors qu’aucun parti ou liste de candidature n’est rassuré de désigner les membres de l’exécutif communal directement sans faire d’alliances (exceptées des zones considérées comme des fiefs de l’UFDG et du RPG), les « petits partis » et certaines listes indépendantes font l’objet de convoitise pour la conquête des communes rurales et urbaines dans lesquelles il n’existe aucune majorité absolue.

Face à une telle situation, quelle devrait être la position et l’attitude des « petits partis » et des listes indépendantes ?

D’abord, il faut mettre en place un bloc compact et solide pour éviter la bipolarisation de l’espace politique guinéen ; chose qui pourrait conduire à une révision de la constitution du pays parce que celle-ci prône le multipartisme intégral ( Toute loi est fonction du moment et des réalités qui prévalent).

Ce bloc pourrait permettre également certains leaders de « petits partis »  et les têtes de listes de candidature indépendantes ( qui ont financé sur fond propre leurs campagnes) de briguer les postes de maires dans certaines circonscriptions électorales.

Ici, il y a lieu de rappeler qu’en plus de la bipolarisation qui risque d’arriver et à forte tendance communautaire, certains « petits partis » et des leaders de listes indépendantes pourraient être absorbées par les partis dits géants dont l’UFDG et le RPG.

Qu’est qu’un « petit parti ?» : c’est une formation qui ne dispose d’aucune base électorale et dont les ressources financières sont en déça des prétentions politiques. C’est aussi un parti où seul le leader engage les dépenses de fonctionnement à travers sa propre poche ou des rélations officielles ou mafieuses. En politique ça badine pas et ça ne lésine pas sur les moyens.

Pour démontrer leurs valeurs, certains leaders des « petits partis » attendent les moments d’alliances pour demander aux gouvernants et autres ténanciers du pouvoir de former des gouvernements d’union nationale pour qu’ils leur cèdent les 1+1+1+1+1 dont certains ignorent l’importance en Politique parce que croyant toujours à la loi du nombre( les élections de 2010 en sont une preuve éloquente).

Pour éviter aux leaders des « petits partis » de marchander les voix de leurs conseillers élus qui pourtant sont les seuls responsables de leurs actes devant les citoyens qui les ont élus, il est urgent que des mécanismes soient mis en place pour éviter l’influence des leaders pendant les alliances.

Ici, il faut que ça soit clair, ce sont les élus dans les circonscriptions qui doivent s’asseoir pour discuter des stratégies à mettre en œuvre pour constituer les alliances et c’est en cela que la candidate de la liste Kaloum Yigui a raison de dire qu’elle ne négociera pas avec un parti politique.

Ce sont les listes de candidature qui font campagnes à travers un projet de société à l’occasion des élections locales.

De ce point de vue, pourquoi Aboubacar Soumah a rencontré Bah Ousmane ?

Pourquoi Faya Millimono a rencontré Alpha Condé ?

Pourquoi Cellou Dalein a échangé avec Sidya Touré au Téléphone ?

Pourquoi Aboubacar Sylla veut négocier directement en lieu et place des conseillers élus de son parti ?

Est-ce que les conseillers élus sont soumis à un mandat impératif ?

Loin de répondre à ces questions dont l’opinion connait les motivations, c’est le lieu et le moment de rappeler aux conseillers élus qu’ils n’ont aucune obligation de respecter les consignes de leurs leaders.

En le faisant, ce sera se soummettre au dikat des leaders politiques qui utilisent leurs formations comme des entreprises et autres fonds de commerce à des fins d’auto-promotion et d’enrichissement.

C’est en cela que l’idéal aurait été de permettre au citoyen d’élire directement le maire central et de voter pour la liste du parti auquel il a foi.

Face à un tel marchandage qui pourrait être au détriment même des conseillers élus, qu’est que ceux-ci devraient faire ?

  1. Être ferme sur leur indépendance
  2. Négocier selon leurs propres interêts et ceux des citoyens qui ont voté pour eux
  3. Exiger l’occupation des têtes de certaines collectivités par des élus issus de « petits partis » ou de listes indépendantes.
  4. Se faire rembourser directement les frais de campagnes sans intermédiaires
  5. Faire la promotion de l’excellence en exigeant le jumelage des projets de sociétés
  6. Assumer ses actes en âme et conscience en tenant compte de l’intérêt du peuple de Guinée

La Guinée est entrain de construire une démocratie dont les règles de jeu sont dénuées de toute objecitivité.

Ceux qui gouvernent le pays violent les lois et ceux qui aspirent à le gouverner le font également parce que chaque citoyen s’est taillé une portion de pouvoirs qu’il utilise à ses fins personnelles.

Dans une telle situation, c’est toute la société qui est interpellée dans le choix des gouvernants parce que le vote indirect se fait en déhors de l’avis du citoyen.

Et à cette allure, ne soyons pas étonnés d’apprendre demain que ceux pour lesquels nous avons voté ont élu des « petits voleurs » de deniers publics parce que nous seront tous comptables soit de par notre démission ou notre faiblesse.

C’est pendant les grandes épreuves que naissent des grands leaders et des visionnaires éclairés.

Mamadou Boussouriou Diallo

Activiste des Droits Humains

Tél : 00224 622 61 71 06

Email : boussourioudiallo@djtguinee.org

Conakry/Guinée

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