En appelant les soutiens du président Mamadi Doumbouya à rejoindre une plateforme unique, le Premier ministre Bah Oury provoque un effet politique inattendu. La recomposition annoncée autour de la GMD pourrait, contre toute attente, offrir un répit stratégique à l’UFDG de Cellou Dalein Diallo.
La récente sortie du Premier ministre Bah Oury, invitant les partis et mouvements ayant soutenu le président Mamadi Doumbouya à dissoudre leurs structures pour intégrer la plateforme GMD Guinée, dépasse le simple cadre d’un appel à l’unité. Elle reconfigure, de façon paradoxale, les équilibres politiques et redonne de l’oxygène à une opposition longtemps fragilisée, notamment l’UFDG de Cellou Dalein Diallo.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Présentée par les partisans du pouvoir comme une démarche de rationalisation de l’espace politique pro-transition, cette initiative vise surtout à mettre fin à la prolifération de mouvements au statut juridique flou. Parmi eux figurent le CERAG et le Mouvement des réformateurs de l’UFDG (MR-UFDG), nés de dissidences internes et de cadres suspendus. Ces structures ont, durant des années, nourri divisions internes et batailles administratives au sein de l’UFDG.
Après sa démission, suivie de la dissolution de son gouvernement, Bah Oury a été reconduit à la Primature avec une feuille de route précise : structurer et consolider la mouvance présidentielle. Selon la Présidence, la GMD Guinée doit désormais fédérer l’ensemble des soutiens du chef de l’État en perspective des prochaines élections législatives.
Dans cette optique, le ton du Premier ministre se veut sans ambiguïté. Les partis et mouvements alliés sont appelés à renoncer à leurs structures pour adhérer individuellement à la plateforme. « La multiplication incontrôlée des structures deviendrait une catastrophe. Tous ceux qui ont soutenu Mamadi Doumbouya doivent rejoindre le parti que nous bâtissons ensemble », a-t-il martelé.
Une décision aux effets inversés
Appliquée aux mouvements issus de l’UFDG, cette ligne politique agit comme un soulagement inattendu pour le parti de Cellou Dalein Diallo. La dissolution du CERAG et du MR-UFDG mettrait fin à deux foyers de contestation qui ont longtemps pesé sur la direction nationale, tant sur le plan politique que juridique. La stratégie du Premier ministre réalise ainsi ce que l’UFDG n’est jamais parvenue à imposer : une recentralisation interne de fait.
Le MR-UFDG avait notamment contribué au blocage du congrès du parti, à travers une plainte déposée au ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation. Cette procédure avait entraîné la suspension du congrès, ravivant les tensions autour de la conformité statutaire, de la réintégration d’Ousmane Gaoual Diallo et de l’exigence d’un dialogue interne inclusif. La recomposition autour de la GMD Guinée pourrait désormais neutraliser ces dissidences.
Un paysage politique en mutation accélérée
Certes, l’UFDG n’a pas obtenu gain de cause devant la Cour suprême. Mais la dynamique enclenchée par la création de la GMD redistribue les cartes. En absorbant les mouvements dissidents dans la mouvance présidentielle, Bah Oury réduit leur capacité de nuisance et contribue, indirectement, à stabiliser l’opposition.
Le bénéfice pour l’UFDG apparaît alors évident : la disparition de sources majeures de conflit interne et la possibilité de se recentrer sur sa restructuration et sa stratégie électorale. Pensée pour renforcer le camp présidentiel, l’offensive de Bah Oury pourrait ainsi produire un effet boomerang, au profit d’une opposition guinéenne en quête de cohérence, dans un contexte politique en pleine recomposition.




