La Guinée accueille depuis mercredi la 2ᵉ édition du Forum international des Secrétariats généraux de Gouvernement. Pendant trois jours, les délégations de treize pays cherchent à définir les conditions d’un usage responsable de l’intelligence artificielle dans l’administration publique africaine.
La rencontre se tient à l’hôtel Radisson Blu de Kipé, à Conakry, du 14 au 16 octobre. Elle s’inscrit sous le haut patronage du président guinéen, Mamadi Doumbouya, et porte sur le thème « L’intelligence artificielle au service de la performance gouvernementale ».
Le forum réunit des responsables des Secrétariats généraux de Gouvernement, des instances chargées de préparer le travail gouvernemental, d’assurer la continuité de l’État et de préserver sa mémoire institutionnelle. Des délégations du Tchad, du Mali, du Maroc, du Rwanda ainsi que de neuf autres pays participent aux échanges.
Les organisateurs veulent faire de cette rencontre un espace de coopération entre administrations. L’objectif consiste à identifier des solutions numériques capables d’améliorer la production normative, la gestion documentaire et l’accès des citoyens à l’information publique.
Pour la Guinée, l’enjeu dépasse la démonstration technologique élémentaire. Le pays engage une transformation administrative dans le cadre du programme Simandou 2040 et cherche à ancrer l’innovation numérique dans ses pratiques institutionnelles.
Le Premier ministre, Amadou Oury Bah, a officiellement ouvert les travaux au nom du chef de l’État. Il a présenté l’intelligence artificielle comme un levier susceptible d’accélérer la recherche juridique, de détecter les incohérences réglementaires et de faciliter l’archivage des documents publics.
Selon le chef du gouvernement, la valeur de ces technologies ne se mesure pas à leur sophistication. Elle dépend plutôt de la fiabilité du travail produit et de la qualité du service rendu aux citoyens.
Les participants doivent également examiner les limites de l’automatisation. Dans un secteur où la sécurité juridique, la confidentialité des données et la responsabilité décisionnelle demeurent essentielles, l’intelligence artificielle ne peut remplacer le jugement humain. Elle doit plutôt soutenir les agents publics dans l’accomplissement de tâches répétitives et complexes.
Le Conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG) a pris part à la cérémonie d’ouverture. Son président, Gabriel Haba, conduisait une délégation venue représenter les organisations citoyennes au sein de cette enceinte traditionnellement dominée par les acteurs étatiques.
Pour le CNOSCG, la modernisation administrative doit s’accompagner d’une ouverture réelle de l’État. Le conseil estime que la numérisation peut renforcer le contrôle citoyen, à condition que les données publiques restent accessibles, compréhensibles et exploitables par les populations.
La délégation voit également dans ce forum une occasion de consolider le dialogue entre les institutions publiques et la société civile. Elle plaide pour des mécanismes de redevabilité capables d’évaluer l’impact concret des réformes sur les citoyens.
La participation du CNOSCG intervient alors que la Guinée envisage d’adhérer au Partenariat pour un gouvernement ouvert (PGO). Cette initiative internationale encourage les États à publier leurs données, à consulter les citoyens et à renforcer l’intégrité de l’action publique.
Cette perspective confère au forum une dimension politique particulière. L’intelligence artificielle peut aider l’administration à traiter plus rapidement les demandes, à mieux classer les archives et à produire des analyses plus précises. Toutefois, elle peut aussi creuser les inégalités si une partie de la population demeure exclue du numérique.
Les organisateurs devront donc répondre à une question centrale : comment moderniser l’État sans concentrer le pouvoir entre les mains de ceux qui maîtrisent les outils technologiques ? La réponse exigera des règles explicites, des compétences locales et une vigilance citoyenne permanente.
Les travaux se poursuivront jusqu’au vendredi 16 octobre à travers huit ateliers thématiques. Les participants aborderont notamment la légistique augmentée, la modernisation des Journaux officiels et l’archivage intelligent. Les échanges doivent déboucher sur une « Déclaration de Conakry », un document censé fixer des orientations communes pour intégrer l’intelligence artificielle dans les administrations participantes.
Le ministre secrétaire général du Gouvernement, Tamba Benoît Kamano, a souhaité que cette rencontre renforce la coopération entre les Secrétariats généraux. Il a également salué le soutien présidentiel à l’organisation du forum et présenté les résultats attendus de ces trois journées de travaux.
À l’issue du forum, la Guinée espère transformer ces engagements en actions mesurables. Le défi consistera à faire de l’intelligence artificielle un instrument au service d’une administration plus rapide, plus transparente et davantage à l’écoute de ses citoyens.
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