Conakry, lundi 17 novembre. La confidence est tombée dans l’hémicycle comme un couperet. Facinet Sylla, ministre du Budget, face aux conseillers nationaux, a levé un coin du voile sur un paradoxe troublant : ceux qui font les lois sont parfois les premiers à les enfreindre. Le Conseil national de la transition (CNT) lui-même ferait partie des mauvais payeurs de l’Electricité de Guinée (EDG).
« On a bien électrifié cet édifice avec toutes ces lampes, même de l’avion, on peut voir le Palais du peuple, mais les factures ne sont pas payées », a lâché le ministre, sous les regards sans doute embarrassés de certains élus. La remarque, apparemment improvisée, sonne comme une mise en cause directe de l’institution censée incarner la moralisation de la vie publique.
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Le Palais du peuple dans le noir ?
La solution proposée par le ministre a de quoi surprendre par sa radicalité : « Peut-être que EDG, dans son efficacité, devait venir couper le courant ici. C’est tout ce qu’il lui reste à faire. » Une suggestion qui en dit long sur l’exaspération face à des pratiques ancrées depuis des décennies.
Pendant que le ministre s’exprimait, les luminaires du Palais du peuple brillaient de tous leurs feux. Ironie du sort : cette électricité qui illumine la démocratie guinéenne ne serait pas entièrement payée. Le symbole est fort, peut-être même trop.
Gando Barry, le converti de l’énergie
Face à ce constat accablant, Facinet Sylla a tenu à rendre un homnage appuyé à Gando Barry, le directeur général d’EDG. Un « monsieur qui a passé toute sa carrière dans le secteur du budget et de l’économie », et que le président Mamadi Doumbouya a « bien fait de choisir ».
Les chiffres avancés sont éloquents : le recouvrement est passé « de moins de 1 million de dollars à presque 6 millions de dollars ». Une performance qui permettrait de « diminuer la charge que l’État supporte à travers son budget par des subventions ».
Une mentalité de la gratuité
Mais au-delà des institutions, c’est toute une mentalité que le ministre dénonce. « Dès que c’est l’État qui produit quelque chose, ça doit être gratuit », constate-t-il, amer. Pire : « Si vous ne trichez pas, on dit que vous êtes un maudit dans les quartiers. »
Le tableau dressé est sans appel : complicité d’agents pour éviter la pose de compteurs, refus systématique de s’acquitter des factures, pression sociale contre les « trop honnêtes ». Autant de comportements qui « mettent du temps pour changer ».
L’école, remède ultime ?
La solution, selon le ministre, serait à chercher du côté de l’éducation : « Ce changement commence dès l’école primaire jusqu’à l’université. » Un aveu que la bataille des mentalités ne se gagnera pas en un seul mandat.
Alors que la Guinée tente de se reconstruire après des années de transition, la question des factures impayées du CNT pourrait sembler anecdotique. Elle est pourtant symptomatique d’un mal plus profond : la difficulté à instaurer une culture de redevabilité, même au plus haut niveau de l’État.
Entre les lumières du Palais du peuple et les factures dans l’ombre, la Guinée devra choisir. La transition sera-t-elle seulement politique, ou aussi morale ? La réponse, peut-être, se trouve dans le prochain relevé de compteur.
