Bah Oury, l’Architecte de la Légitimation

CONAKRY – Dans le paysage médiatique guinéen, le Premier ministre Bah Oury est désormais plus qu'un chef de gouvernement ; il…

journal de Conakry

CONAKRY – Dans le paysage médiatique guinéen, le Premier ministre Bah Oury est désormais plus qu’un chef de gouvernement ; il est devenu le narrateur en chef d’une candidature qui cherche sa légitimité. Depuis sa nomination à la tête de la campagne du candidat Mamadi Doumbouya, il multiplie les plateaux, martelant un argumentaire où le bilan et la peur du chaos se mêlent pour justifier l’inattendu.

L’exercice est délicat : il s’agit d’expliquer pourquoi le général Doumbouya, qui s’était engagé à ne pas se présenter après le coup d’État du 5 septembre 2021, brigue aujourd’hui la présidence. Face à la caméra de Télésud, Bah Oury a esquivé le paradoxe pour forger une nouvelle vérité. Il a évoqué des « échanges personnels » avec le chef de l’État, invoquant un « engagement patriotique » supérieur. Le souvenir des « liesses de joie » de 2021 est convoqué non pas pour rappeler une promesse, mais pour souligner que le pays a « connu une évolution ».

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Le bilan et la pression régionale : les deux piliers de la justification

Le premier pilier de son plaidoyer est celui des réalisations. Il dresse un portrait flatteur du régime, évoquant un bilan « particulièrement élogieux » en matière de transformations économiques, sociales et de réformes. Selon lui, ce sont ces succès qui auraient poussé les Guinéens à « solliciter expressément » la candidature de Doumbouya, présentant sa décision comme une réponse à un appel populaire.

Le second pilier, plus stratégique, est géopolitique. Le Premier ministre a brandi la carte de l’instabilité régionale. « Nous sommes voisins de pays qui sont dans une situation particulièrement difficile », a-t-il argué, dans une référence à peine voilée au Mali, au Burkina Faso et à la Guinée-Bissau. Dans ce contexte, assurer la stabilité de la Guinée et consolider les réformes deviendrait un impératif qui dépasse les « considérations personnelles » du chef de l’État. La candidature de Doumbouya n’est plus un choix, mais une nécessité de sécurité nationale.

La promesse de 2021, sacrifiée sur l’autel de la « raison d’État »

Le récit est ainsi construit : face à l’urgence, l’engagement personnel doit s’effacer. Bah Oury l’a clairement affirmé : « ces arguments ont prévalu sur les considérations personnelles et individuelles » du lendemain du 5 septembre. L’ancienne promesse est ainsi reléguée au rang d’anecdote face à la grande histoire de la stabilité et de la continuité.

En se faisant le porte-voix de cette nouvelle ligne, Bah Oury ne défend pas seulement un candidat ; il tente de réécrire la genèse de cette candidature. Il transforme une décision politique controversée en un acte de salut public, où la raison d’État vient silencieusement remplacer la parole donnée. Le débat n’est plus sur la rupture d’un engagement, mais sur la gestion d’un risque. Un changement de narratif aussi audacieux que crucial pour la suite.

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