Une militante de l’UFDG enlevée par des hommes cagoulés à son domicile

Conakry, nuit du 8 au 9 janvier 2026. Une nouvelle disparition forcée secoue la Guinée. Néné Oussou Diallo, militante de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), a été enlevée à son domicile. Les faits se sont produits dans un climat politique toujours tendu.

Selon l’opposition, des hommes cagoulés et armés ont fait irruption chez elle. Ils l’ont emmenée de force, sans présenter de mandat.

Des hommes en tenue militaire mis en cause

L’information a été confirmée par Souleymane Souza Konaté, chargé de communication de l’UFDG. Il décrit une opération menée par des hommes lourdement armés.
« Des militaires cagoulés, à bord de quatre pickups, ont enlevé Néné Oussou Diallo », affirme-t-il.

D’après ce témoignage, les ravisseurs portaient des uniformes militaires. Ce mode opératoire renforce les soupçons de responsabilité étatique. Pour l’UFDG, il s’agit d’un enlèvement ciblé.

Une disparition de plus dans un climat de peur

Néné Oussou Diallo siégeait au Comité national des femmes de l’UFDG. Son enlèvement prend donc une portée symbolique. Selon le parti, elle s’ajoute à une longue liste de disparus depuis le début de la transition.

L’opposition cite notamment Oumar Sylla, dit Foniké Mengué, Billo Bah, Marouane Camara, l’avocat Mohamed Traoré, Abdoul Sacko et Saadou Nimaga. Aucun de ces dossiers n’a connu d’issue officielle.

Cette affaire survient alors que le gouvernement promet une normalisation politique. Les autorités annoncent des élections législatives et locales en 2026. Pourtant, ce nouvel enlèvement fragilise ce discours.

Pour l’heure, les autorités gardent le silence. De leur côté, les défenseurs des droits humains réclament une enquête indépendante. Ils exigent aussi la libération immédiate de Néné Oussou Diallo et la vérité sur tous les disparus.

Dans ce contexte, la réaction de l’État sera scrutée de près. Elle servira de test majeur pour le respect des libertés fondamentales en Guinée post-transition.

Les législatives annoncées pour « avant fin avril », le gouvernement veut « boucler » le cycle électoral en 2026

Conakry, vendredi 9 janvier 2026 – Le gouvernement guinéen a officialisé ce vendredi son calendrier électoral. Après la présidentielle du 28 décembre dernier, le pays se prépare à organiser les législatives « avant fin avril 2026 », a annoncé le porte-parole Ousmane Gaoual Diallo sur RFI.

Lorsqu’on l’interroge sur la possibilité de tenir ce scrutin dès mai, il répond : « C’est envisageable, fortement. » L’objectif est clair : boucler l’ensemble du cycle électoral – législatives, communales, régionales et sénatoriales – avant l’hivernage. Cela permettra de « parachever la transition » et de doter la Guinée de toutes ses institutions républicaines.

Doumbouya veut tourner la page de la transition

Cette accélération traduit la volonté du président Mamadi Doumbouya, récemment élu pour un septennat, de « tourner rapidement la page de la transition » et d’engager son mandat dans « la paix et la stabilité ». Le porte-parole rappelle le bon déroulement des précédents scrutins – référendums et présidentielle – « sans heurts, ni avant, ni pendant, ni après ». Les autorités souhaitent prolonger cette dynamique.

Le calendrier prévoit d’abord les législatives, très probablement au premier trimestre. Elles seront suivies des élections communales. Ces scrutins permettront ensuite la mise en place des conseils régionaux et du Sénat, une institution nouvelle pour la Guinée.

Un agenda ambitieux pour normaliser les institutions

Ce calendrier serré illustre la volonté de clore définitivement la période de transition ouverte par le coup d’État de septembre 2021. En organisant toutes les élections en 2026, le gouvernement espère asseoir sa légitimité sur toutes les institutions et lancer son projet de société sur des bases solides.

Réaliser cet agenda exigera une organisation logistique et sécuritaire sans faille. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) et le gouvernement auront un rôle crucial. La communauté nationale et internationale suivra attentivement ce test démocratique, essentiel pour la stabilité politique de la Guinée.

L’équipe Gouvernementale réaffirme son engagement auprès du président Doumbouya

Ce mardi 6 janvier, le palais Mohamed VI a accueilli une cérémonie chargée de symboles. Il s’agissait de la première rencontre officielle entre le président Mamadi Doumbouya, fraîchement élu pour un mandat de sept ans, et l’ensemble des membres du gouvernement dirigé par Bah Oury. L’événement poursuivait un double objectif. D’une part, présenter les vœux traditionnels de Nouvel An. D’autre part, réaffirmer l’unité et la détermination de l’exécutif au service de la nation, à l’ouverture de ce nouveau chapitre politique.

Conduits par le Premier ministre Bah Oury, les ministres et les membres du cabinet présidentiel ont présenté leurs vœux de santé, de prospérité et de réussite au chef de l’État. Toutefois, au-delà des formules de courtoisie, ils ont exprimé un engagement collectif fort. Ils ont promis de « servir la Guinée avec loyauté, responsabilité et dévouement ». Ils ont également affirmé agir dans le respect des valeurs républicaines, panafricaines et patriotiques. Ainsi, ils se sont engagés à accompagner la « refondation de l’État » voulue par le président.

Dans son discours, Bah Oury a salué « la brillante élection » de Mamadi Doumbouya. Selon lui, cette victoire traduit la « confiance du peuple de Guinée ». Elle consacre aussi un « combat mené avec détermination dans l’intérêt de la nation ». Par ailleurs, il a présenté l’année 2026 comme une année d’« ancrage démocratique, de paix durable et de progrès partagé ». Il a appelé, en conséquence, à une trajectoire exigeante, structurée et résolument orientée vers la refondation de l’État.

Le président appelle à l’écoute, au travail et à l’unité

En réponse, le président Doumbouya a salué l’engagement et la cohésion de l’équipe gouvernementale. Dans le même temps, il a lancé un appel solennel à ses membres. Il les a exhortés à préserver la solidarité gouvernementale. Il leur a aussi demandé de rester à l’écoute des préoccupations des populations. Enfin, il les a appelés à demeurer pleinement mobilisés autour des objectifs de développement du pays. Pour lui, la mission est sans équivoque : répondre efficacement aux attentes légitimes du peuple souverain de Guinée.

Le chef de l’État a également fixé le cap pour les années à venir. Il a annoncé que son mandat, et en particulier l’année 2026, serait placé « sous le sceau du travail, de la rigueur, de l’unité et de l’espoir ». L’objectif est clair : écrire une nouvelle page de l’histoire de la Guinée, exclusivement au service du peuple.

En apparence protocolaire, cette cérémonie a pourtant marqué un moment politique fort. Elle a constitué le premier acte public de cohésion du nouveau quinquennat. Elle a aussi permis de définir les priorités de l’exécutif. Enfin, elle a rappelé que la légitimité acquise par les urnes devra se traduire par des actions concrètes au bénéfice des Guinéens.

Présidentielle en Guinée : Doumbouya, l’heure des félicitations

Le téléphone sonne à Conakry. À l’autre bout du fil, Paris. En ce dimanche 4 janvier 2025, Emmanuel Macron appelle Mamadi Doumbouya. Le président français ne cache pas l’objet de son appel : féliciter son homologue guinéen, tout juste confirmé vainqueur de l’élection présidentielle en Guinée 2025 par la Cour suprême.

Avec 86,72 % des suffrages exprimés, Mamadi Doumbouya s’impose dès le premier tour. Une victoire nette, présentée par les autorités comme l’aboutissement d’un long processus de retour à l’ordre constitutionnel, suivi de près par la communauté internationale.

Pékin entre en scène et renforce l’axe stratégique

Mais Paris n’est pas la seule capitale à réagir. Pékin aussi prend la parole. Le président chinois Xi Jinping adresse un message officiel de félicitations au nouveau président guinéen. Il rappelle que la Guinée fut le premier pays d’Afrique subsaharienne à établir des relations diplomatiques avec la Chine populaire.

Xi Jinping souligne la solidité des relations sino-guinéennes, fondées sur le respect mutuel, l’égalité et les avantages réciproques. Il se dit prêt à renforcer, avec Mamadi Doumbouya, le partenariat stratégique global entre les deux pays, au service du développement commun et de la solidarité entre les pays du Sud.

Un discours d’unité et une promesse pour 2026

À Conakry, l’heure est aussi aux mots adressés à la nation. Le même jour, Mamadi Doumbouya s’adresse au peuple guinéen dans un ton grave mais apaisé. Il salue la maturité des électeurs lors du scrutin du 28 décembre 2025.
« Nous avons démontré au monde que la Guinée sait choisir son destin dans la paix et le respect des institutions », affirme-t-il, citant les rapports des missions d’observation internationales.

Sans triomphalisme, le président élu insiste : « Il n’y a ni vainqueur ni vaincu. Il n’y a qu’une seule Guinée, une et indivisible. » Il tend la main à toutes les Guinéennes et à tous les Guinéens pour bâtir une Guinée nouvelle, fondée sur la paix, la justice, la prospérité partagée et une souveraineté pleinement assumée.

Mamadi Doumbouya se projette vers l’avenir. 2026, annonce-t-il, sera une année de travail, de rigueur et d’espoir. Un message adressé à la nation, mais aussi un signal clair envoyé au monde.

Mamadi Doumbouya élu avec 86,72% des voix

Conakry, Guinée — La victoire est nette. Et sans surprise.
Mardi soir, la directrice générale des élections, Djenabou Touré, a proclamé les résultats de la présidentielle du 28 décembre. Le général Mamadi Doumbouya s’impose largement. Candidat du GMD, le chef de la transition est élu dès le premier tour avec 86,72 % des suffrages exprimés, selon les résultats provisoires.

Cette annonce confirme les tendances dévoilées la veille. Elle consacre aussi une mobilisation massive. En effet, le taux de participation atteint 80,95 % des électeurs inscrits.

Un raz-de-marée électoral confirmé

Les chiffres présentés au siège de la DGE sont sans équivoque.
Sur 5 297 931 votes valablement exprimés, Mamadi Doumbouya recueille 4 594 262 suffrages. Un score écrasant.

En revanche, ses principaux adversaires restent très loin derrière.
Abdoulaye Yéro Baldé (FRONDEG) arrive deuxième avec 6,59 % des voix, soit 349 129 suffrages. Il est suivi par Faya Lansana Millimono (Bloc libéral), crédité de 2,04 %, soit 108 117 voix.
Par ailleurs, les six autres candidats n’atteignent pas la barre des 2 %.

Ainsi, ces résultats confirment les premiers décomptes partiels. Dans plusieurs préfectures, Doumbouya dépassait déjà les 80 %, parfois même les 90 % des voix.

Appel à la responsabilité et attente de la validation finale

Avant la proclamation, Djenabou Touré a tenu un discours solennel. Elle a insisté sur la responsabilité des acteurs politiques.
« La démocratie ne se limite pas à l’organisation des élections. Elle repose aussi sur le respect des règles du jeu », a-t-elle déclaré.

Dans ce contexte, elle a invité les neuf candidats à privilégier uniquement les voies légales en cas de contestation. Selon elle, la Guinée a besoin de stabilité. Mais aussi d’unité nationale. Et surtout de confiance dans ses institutions.

Ces résultats restent toutefois provisoires. Ils proviennent du traitement de 98,84 % des bureaux de vote. Désormais, la Cour suprême devra se prononcer. Elle seule est habilitée à proclamer les résultats définitifs.

Enfin, cette élection marque la fin officielle de la transition. Elle ouvre un nouveau chapitre politique. Désormais, la balle est dans le camp des institutions et des candidats. L’enjeu est clair : garantir une sortie de scrutin apaisée, comme l’a souhaité la DGE.

Abdoulaye Kourouma reconnaît sa défaite et félicite Doumbouya

Conakry, Guinée — Le décompte des voix de la présidentielle guinéenne n’est pas encore achevé qu’un double mouvement, contradictoire, anime déjà la scène politique. Alors que le Bloc Libéral dénonce un « brigandage » électoral, un autre candidat, Abdoulaye Kourouma, a pris les devants pour reconnaître sa défaite et féliciter le favori, Mamadi Doumbouya.

Cette divergence de réactions, survenue ce mardi 30 décembre, donne le ton des jours à venir : entre contestation frontale et appels à l’apaisement.

D’un côté, l’accusation de fraude

Dès le lendemain du scrutin, Faya Lansana Millimouno, candidat du Bloc Libéral, a livré un réquisitoire sévère. Il a dénoncé une élection « ni libre, ni transparente, ni crédible », évoquant l’exclusion de ses délégués, la délocalisation frauduleuse de bureaux de vote et des pressions sur les électeurs. « C’est un brigandage », a-t-il asséné, promettant vraisemblablement de contester les résultats.

De l’autre, la reconnaissance et l’appel à l’unité

Quelques heures plus tard, un son de cloche radicalement différent est venu du candidat du Rassemblement pour la Renaissance et le Développement (RRD), Abdoulaye Kourouma. S’appuyant sur les remontées de terrain de son parti, il a officiellement reconnu sa défaite.

« Les chiffres que nous avons en main prouvent que le candidat du GMD, Mamadi Doumbouya, a gagné l’élection dès le premier tour. Nous reconnaissons donc notre défaite et nous le félicitons pour sa victoire », a-t-il déclaré. Loin de dénoncer des irrégularités, il a au contraire salué un scrutin « apaisé », sans violences, et a lancé un appel à « se mettre au service de la nation ».

Une polarisation qui s’annonce

Ces deux positions marquent les pôles entre lesquels les réactions politiques pourraient osciller dans l’attente des résultats officiels de la Direction Générale des Élections (DGE). D’un côté, une opposition qui semble se préparer à contester la légitimité du processus ; de l’autre, des acteurs prêts à accepter le verdict des urnes et à tourner la page électorale au nom de la stabilité.

La suite dépendra en grande partie des autres candidats et de la réaction du camp Doumbouya face à ces premières sorties. La crédibilité de la transition en Guinée se joue aussi dans la gestion de cette phase post-électorale immédiate.

le Bloc Libéral dénonce un « brigandage » électoral

Conakry, Guinée — L’ambiance n’est pas à la célébration au siège du Bloc Libéral (BL). Au lendemain du scrutin présidentiel, le candidat Faya Lansana Millimouno a dressé, lundi, un réquisitoire accablant contre un processus qu’il qualifie de « brigandage » plutôt que d’élection. Lors d’une conférence de presse tendue, il a énuméré une série d’« irrégularités graves » qui auraient, selon son parti, entaché l’ensemble du vote.

« L’élection n’était ni libre, ni transparente, ni crédible », a lancé d’emblée le candidat, pointant du doigt la Direction générale des élections (DGE) et ses démembrements locaux.

Des délégués « chassés » des bureaux de vote

Le premier grief porte sur l’exclusion systématique des observateurs du BL. Millimouno a rappelé que son parti s’était pourtant conformé aux exigences strictes de la DGE, fournissant des listes exhaustives de délégués avec leurs identités complètes et leurs affectations.

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« Malgré cela, le démembrement de la DGE refusait d’accepter nos ordres de mission », a-t-il déploré. Dès l’ouverture des bureaux, les appels auraient afflué : « Dès 7 heures, on a commencé à m’appeler pour dire qu’on chassait les délégués du Bloc Libéral, ici à Conakry et un peu partout sur le territoire national. »

La question brûlante des bureaux « délocalisés »

Une autre accusation majeure concerne la délocalisation frauduleuse de bureaux de vote. Le candidat affirme que de nombreux électeurs se sont présentés à l’adresse indiquée sur leur carte pour trouver le bureau fermé ou déplacé sans notification.

« On a constaté que certains bureaux de vote ont été carrément délocalisés. Vous ne savez pas là où le bureau de vote se trouve », a-t-il déclaré, citant l’exemple du collège Bafon Sud. Pour lui, cette pratique opaque avait un objectif clair : « Nous commençons à comprendre qu’il y a un nombre élevé de bureaux de vote délocalisés pour que les bourrages se fassent de façon libre et sécurisée. »

Pressions militaires et violences

Le tableau dressé par Faya Millimouno inclut également des intimidations sur les électeurs et des violences contre ses partisans. Il a évoqué la présence dissuasive de militaires à l’entrée de certains bureaux, chargés d’influencer le vote. « Quand tu viens, on te dit pour qui tu dois voter. Si ce n’est pas le bon choix, on te demande de changer. »

Des personnes chargées de filmer ces irrégularités auraient été « molestées, violentées, arrêtées », certaines passant la nuit en garde à vue. En s’appuyant sur des vidéos circulant sur les réseaux sociaux, montrant selon lui des bulletins pré-remplis, le leader du BL a assené : « On voit des gens en train de cocher, plier et déposer les bulletins dans l’urne. Ce n’est pas une élection, c’est un brigandage. »

Ces accusations sévères, portées avant même l’annonce des résultats officiels, jettent une ombre sur la crédibilité du scrutin et présagent d’une contestation politique âpre dans les jours à venir.

Présidentielle en Guinée : Doumbouya en tête écrasante dans Conakry

Conakry, Guinée — Les premiers résultats tombent et dessinent une tendance claire. Lundi 29 décembre, la Direction Générale des Élections (DGE) a publié les résultats provisoires de six communes de Conakry. Ils donnent un avantage massif au général Mamadi Doumbouya, chef de la transition et candidat du GMD.

Un raz-de-marée dans les urnes

Les chiffres, détaillés par circonscription, montrent un plébiscite pour Doumbouya dans la capitale.

  • À Kassa, il obtient 97,82 % des voix.

  • Dans le cœur administratif de Kaloum, il récolte 89,96 %.

  • À Ratoma, Gbessia, Matam et Sonfonia, ses scores varient entre 67,79 % et 86,49 %.

Son principal concurrent, Abdoulaye Yéro Baldé (FRONDEG), réalise son meilleur score à Sonfonia avec 22,1 %, suivi de Ratoma (22,21 %). Les autres candidats, dont la seule femme en lice Makalé Camara (FAN) et le technocrate Ibrahima Abé Sylla (NGR), obtiennent tous moins de 3,5 %.

Une tendance à confirmer

Ces résultats partiels, limités à Conakry, donnent une forte indication sur l’orientation du scrutin. La mobilisation, estimée à environ 85 % par la DGE, a largement profité au candidat sortant.

Cependant, ces chiffres restent provisoires. Les données doivent être consolidées et vérifiées par les instances compétentes. Les résultats des autres préfectures et de la diaspora sont attendus dans les prochaines heures et jours.

La publication de ces premiers résultats marque le début d’une phase cruciale. Elle permet déjà de dessiner le paysage politique issu des urnes, où Mamadi Doumbouya apparaît, pour l’instant, en position de force extrême pour remporter un mandat électoral.

Présidentielle en Guinée : la DGE salue un scrutin apaisé et une participation record

Conakry, Guinée — Un sentiment de fierté accompagne un chiffre qui parle de lui-même. Dimanche soir, au terme de la présidentielle du 28 décembre, la Directrice générale des élections (DGE), Djenabou Touré, a dressé un premier bilan positif. Elle a salué une organisation réussie et annoncé un taux de participation provisoire avoisinant les 85 %, un niveau qu’elle qualifie de « record ».

Une mobilisation massive et sécurisée

Devant les médias lors d’une édition spéciale, Mme Touré a exprimé sa « fierté d’être Guinéenne, d’être une femme et d’avoir dirigé l’organisation de cette élection présidentielle ». Selon elle, l’organe électoral a respecté scrupuleusement le calendrier fixé par décret, mettant fin à une tradition de reports qui a longtemps marqué le pays.

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L’élection a mobilisé près de 6,8 millions d’électeurs inscrits, répartis dans plus de 23 600 bureaux de vote. La DGE souligne le climat « apaisé » du scrutin. Elle attribue ce calme à une approche inclusive associant société civile, partis politiques, médias et groupes représentatifs (jeunes, femmes, personnes en situation de handicap).

Elle a également rendu hommage aux forces de défense et de sécurité. Leur engagement, « bien avant la campagne », a permis de sécuriser le processus. Elle a noté des avancées logistiques, notamment la construction de nouveaux magasins régionaux pour le stockage sécurisé du matériel.

Une campagne civilisée malgré des absences

Djenabou Touré a estimé que la campagne électorale s’était déroulée de manière « civilisée et respectueuse des règles », sans incidents majeurs. Elle a salué la Haute autorité de la communication (HAC) pour avoir régulé équitablement les temps de parole et les mouvements de soutien.

Concernant les résultats, elle a précisé que la centralisation des données — manuelle et informatisée — a commencé dans les 378 commissions prévues, en Guinée et dans la diaspora. Les résultats partiels par préfecture seront publiés dès ce lundi. Ceux des circonscriptions étrangères suivront (Afrique, Europe, Amériques, Asie).

Cette élection, qui a opposé neuf candidats dont le chef de la transition, le général Mamadi Doumbouya, a été marquée par l’absence de plusieurs figures de l’opposition traditionnelle, exclues ou en exil. Cela soulève des questions sur l’inclusivité réelle du processus.

Malgré cette controverse, le taux de participation annoncé par la DGE traduit une forte mobilisation des Guinéens. Ce scrutin, présenté comme une étape clé de la transition, donnera dans les prochains jours un verdict attendu : débouchera-t-il sur une passation de pouvoir acceptée par tous ?

Présidentielle en Guinée : le jour où le pays a choisi son avenir

À 7 heures précises, ce dimanche 28 décembre 2025, les portes des bureaux de vote s’ouvrent à travers toute la Guinée. Dans les rues de Conakry comme dans les préfectures de l’intérieur, une même scène se répète : des citoyens font la queue, carte d’électeur à la main, conscients de vivre un moment rare.

Ils sont 6 768 458 électeurs, répartis dans 16 722 centres et 23 662 bureaux de vote, appelés à trancher. Après quatre années de transition, entamées à la suite du coup d’État du 5 septembre 2021 contre Alpha Condé, le pays s’apprête enfin à renouer avec l’ordre constitutionnel.

Sous haute sécurité, dans un climat globalement calme, les Guinéens votent pour confier les rênes du pays à un président pour les sept prochaines années. La présidentielle en Guinée 2025 entre alors dans sa phase la plus décisive.

 Neuf visages pour un seul fauteuil

Ils sont neuf candidats, aux parcours et aux ambitions contrastés. Parmi eux, Makalé Camara, seule femme en lice, ancienne ministre des Affaires étrangères, mise sur son expérience d’État. Abdoulaye Yéro Baldé, économiste passé par la Banque mondiale, promet une révolution éducative.

Candidat indépendant, le général Mamadi Doumbouya, président de la transition, défend la continuité des réformes engagées depuis 2021. À ses côtés, d’autres profils se démarquent : entrepreneurs, enseignants, technocrates, anciens ministres, tous porteurs d’un projet pour une Guinée qu’ils disent vouloir rassembler.

Sur le terrain, l’engouement est palpable. À Koubia, où plus de 47 000 électeurs sont attendus, l’affluence est notable dès les premières heures. Les files s’allongent, les agents électoraux s’organisent, et le vote se déroule sans heurts.

 Une élection scrutée par tous

Ce scrutin dépasse les frontières guinéennes. La CEDEAO a déployé 120 observateurs, tandis que la société civile, à travers la plateforme Œil du Citoyen, mobilise près de 8 000 observateurs sur l’ensemble du territoire.

Dans plusieurs bureaux, des figures politiques accomplissent leur devoir civique. À Gbessia, Ibrahima Abé Sylla, candidat de la Nouvelle Génération pour la République, salue une organisation « exemplaire » et appelle à la paix. À Lambanyi, le ministre des Affaires étrangères Morissanda Kouyaté évoque une élection « joyeuse, fraternelle, sans heurts », symbole selon lui de la maturité politique du pays.

Alors que les bureaux fermeront à 18 heures, une certitude demeure : la présidentielle en Guinée 2025 marque un tournant. Dans le silence des isoloirs, ce sont les espoirs, les colères et les rêves d’un peuple qui se sont exprimés. Le verdict des urnes dira désormais quelle trajectoire la Guinée choisira pour écrire la suite de son histoire.

À Conakry, la Casse mise tout sur le “coup KO” de Doumbouya

À mesure que l’échéance du 28 décembre approche, les rues de Conakry deviennent le théâtre d’une mobilisation de plus en plus visible. Lundi, l’autoroute Fidel Castro s’est transformée en un long ruban de slogans, de chants et de pas cadencés. À l’appel du Mouvement solidaire de la Casse, les 11 casses de la capitale ont battu le pavé pour afficher, sans détour, leur choix : Mamadi Doumbouya.

Pendant plusieurs heures, dans une ambiance à la fois festive et militante, jeunes et femmes issus de toutes les corporations de la Casse ont marché d’un même pas. Ainsi, les cris de « Coup KO » et « Coup fatal » ont rythmé le cortège. Ils traduisaient une volonté assumée : voir le candidat de la Génération pour la modernité et le développement (GMD) s’imposer dès le premier tour de l’élection présidentielle.

Une démonstration de force assumée

Pour les organisateurs, cette démonstration de force n’a rien d’anodin. Au contraire, elle se veut un message clair, adressé à la fois à l’opinion nationale et à la communauté internationale. Prenant la parole devant la foule, Lounceni Kaba, alias Loss, président de la jeunesse de toutes les casses et membre du bureau syndical chargé des conflits et des négociations, a insisté sur la portée stratégique de la mobilisation.

« La mobilisation d’aujourd’hui repose sur la conscience et la vision. Le président Mamadi Doumbouya sait ce qu’il fait pour la Guinée, et nous en sommes conscients », a-t-il déclaré. Dans la foulée, il a appelé la jeunesse à s’engager pleinement dans les urnes. Pour lui, la Casse ne pouvait rester spectatrice d’un moment jugé décisif pour l’avenir du pays.

Soutien total et appel au “coup KO”

La même détermination s’est exprimée chez Daouda Magassouba, président du Mouvement solidaire de la Casse. D’un ton direct, il a réaffirmé le soutien total de son organisation au candidat du GMD. « Nous sommes derrière Mamadi Doumbouya à 100 %. Nous l’accompagnons pour faire un coup KO », a-t-il lancé. Puis, il a invité chacun à retirer sa carte d’électeur afin d’assurer une victoire dès le premier tour.

Le message s’est voulu encore plus tranché dans la bouche d’Ibrahima Kalil Kanté, secrétaire général de la jeunesse du mouvement et porte-parole du jour. « La Casse n’a qu’un seul parrain : Mamadi Doumbouya », a-t-il affirmé. Il a souligné que les 11 casses de Conakry étaient toutes représentées pour soutenir « leur champion ».

Par ailleurs, la mobilisation a aussi attiré des soutiens politiques. Seny Camara, représentant du Parti de l’unité et du progrès (PUP), n’a laissé planer aucun doute. « Si Mamadi Doumbouya est candidat, le PUP n’a pas d’autre candidat », a-t-il déclaré, appelant à voter massivement pour éviter un second tour.

À travers cette marche, la Casse entend peser dans la dynamique électorale à l’approche du scrutin. Plus qu’un simple rassemblement, la mobilisation de l’autoroute Fidel Castro se voulait donc un signal fort : celui d’une jeunesse organisée, déterminée à faire entendre sa voix et à jouer un rôle clé dans l’issue de la présidentielle guinéenne.

Présidentielle en Guinée : les lignes rouges du 28 décembre

À quelques jours du verdict des urnes, le décor du scrutin présidentiel se précise. Et à Conakry, la Directrice générale des élections, Djénabou Touré, a choisi de parler clair. Pas de zones grises, pas d’ambiguïtés : le 28 décembre, certaines lignes ne devront pas être franchies.

Face à la presse, la patronne de l’organe électoral a dressé la liste des interdits qui baliseront la journée de vote. Au cœur des préoccupations cette année : la technologie, devenue à la fois un outil du quotidien et un risque pour l’intégrité du scrutin.

Le téléphone portable, symbole de cette modernité, ne sera pas totalement banni des bureaux de vote. Mais il s’arrête à la porte de l’isoloir. « Il est interdit l’usage du téléphone et de tout outil informatique capable de photographier le vote dans l’isoloir », a martelé Djénabou Touré. Derrière le rideau, aucun écran, aucune caméra. Le secret du vote, insiste-t-elle, n’est pas négociable.

Concrètement, l’électeur devra laisser son téléphone au secrétaire du bureau avant de glisser son bulletin. Une mesure pensée pour couper court à une pratique bien connue : la preuve photographique du vote, souvent exigée dans des systèmes de corruption électorale. Ici, pas de preuve, pas de marchandage de conscience.

Autre point sensible : le rôle des observateurs électoraux. Ils seront près de 10 000 à scruter le processus à travers le pays. Une présence jugée essentielle pour la transparence, mais qui ne doit pas se transformer en ingérence. « L’observation n’est pas l’intervention », a rappelé fermement la DGE.

Les observateurs pourront regarder, noter, consigner. Mais ils ne devront ni questionner les membres des bureaux sur les candidats, ni intervenir dans le déroulement du vote ou du dépouillement. Même prudence lors de la centralisation des résultats, une étape historiquement sensible. Djénabou Touré se souvient encore des dérapages passés. « À Matoto, des observateurs se sont immiscés dans la centralisation, et cela a créé beaucoup de problèmes. Ce n’est pas conforme aux standards internationaux », a-t-elle averti.

Dans ce nouveau cadre légal, chacun a sa place. L’observateur observe. Il rédige son rapport. Et il le transmet à son institution. Rien de plus.

Enfin, l’organe électoral a rappelé l’abandon définitif des enveloppes de vote, désormais obsolètes avec l’introduction du bulletin unique sécurisé. Un dispositif que la DGE présente comme l’un des plus fiables du continent. « Nous avons l’un des bulletins les plus sécurisés de l’Afrique », assure Djénabou Touré.

À l’approche du 28 décembre, le message est limpide : la présidentielle se jouera dans les urnes, pas dans les poches, ni dans les coulisses. Et pour la DGE, le respect strict des règles sera la première garantie de crédibilité du scrutin.

Présidentielle guinéenne : stabilité ou transformation, deux visions face à face

À Labé, dans la cité de Karamoko Alpha Mo, le ton est grave, presque solennel. Le Premier ministre Amadou Oury Bah prend la parole comme on défend un cap. Face aux journalistes, il raconte la transition guinéenne comme une œuvre encore inachevée, fragile, qu’il faudrait à tout prix protéger.

Il ne nie rien. Oui, le général Mamadi Doumbouya et les membres du CNRD avaient promis de ne pas se présenter. Oui, l’engagement était clair. Mais, selon lui, l’histoire d’un pays ne se gouverne pas à coups de promesses figées.

« Dans la gestion d’un État, ce sont les intérêts supérieurs de la nation qui priment », martèle-t-il.

Le récit qu’il déroule est celui d’un tournant historique : Simandou enfin lancé, des réformes de gouvernance engagées, une économie en transformation. Pour Bah Oury, arrêter maintenant serait un risque. Continuer devient alors, à ses yeux, une obligation nationale.

Trois raisons justifient cette candidature controversée : consolider les acquis, répondre à une aspiration populaire née des changements visibles, et surtout préserver la stabilité d’une sous-région ouest-africaine en pleine turbulence.

Dans ce récit, la Guinée est présentée comme une digue. Un rempart contre le chaos régional. Et Mamadi Doumbouya, non comme un homme en quête de pouvoir, mais comme un garant de l’ordre et de la continuité.

À Kaloum, le candidat lui-même salue ses équipes. La campagne est rodée, disciplinée, confiante. Le mot d’ordre est clair : proximité, écoute, victoire. La machine est en marche.

De l’autre, la promesse d’une rupture par la terre

À des centaines de kilomètres de là, à Nzérékoré, le décor change. Ici, pas de discours sur la stabilité régionale ou les équilibres géopolitiques. Abdoulaye Yéro Baldé parle de pluie, de terre, de cacao et de café.

Devant ses militants, le candidat du FRONDEG dessine une autre Guinée. Une Guinée qui nourrit ses enfants grâce à ses régions. Une Guinée qui transforme ce qu’elle produit au lieu d’exporter à l’état brut.

« Cette région peut nourrir toute la Guinée », lance-t-il, en désignant la forêt qui l’entoure.

Son récit est celui d’un potentiel gaspillé. Neuf mois de pluie, des terres fertiles, mais aucune usine. Pour lui, le problème n’est pas l’absence de ressources, mais l’absence de vision industrielle.

Là où le camp présidentiel parle de consolidation, Baldé promet la transformation. Des unités industrielles à Nzérékoré, une économie décentralisée, une gestion rigoureuse des ressources nationales.

Il se présente comme l’homme des régions, celui qui part du terrain pour bâtir l’État. Sa campagne est plus modeste, mais se veut enracinée, concrète, presque pédagogique.

Deux Guinée, un choix

À moins de deux semaines du scrutin du 28 décembre, la présidentielle guinéenne se dessine comme un choix clair.

D’un côté, Mamadi Doumbouya incarne la continuité d’une transition présentée comme salvatrice, au nom de la stabilité et des réformes engagées. De l’autre, Abdoulaye Yéro Baldé propose une rupture économique par l’agriculture, l’industrialisation locale et le développement régional.

Deux récits. Deux visions.
La Guinée de la consolidation contre la Guinée de la transformation.

Le verdict, lui, appartient désormais aux urnes.

Présidentielle Conakry 2025 : un duel qui réveille le fantôme d’Abidjan 2000

La Guinée retient son souffle. À moins de trois semaines de la présidentielle du 28 décembre, le pays s’est engagé dans une campagne électrique où neuf candidats se succèdent sur les estrades. Mais derrière ce décor démocratique, un duel central s’impose : celui du Général Mamadi Doumbouya, maître de la Transition depuis le coup d’État de 2021, et Abdoulaye Yéro Baldé, ancien ministre et technocrate rigoureux du FRONDEG.

Un face-à-face qui réveille un souvenir que l’Afrique de l’Ouest n’a pas oublié.

L’histoire semble se répéter.
En octobre 2000, le Général Robert Guéï tente de confisquer la présidentielle ivoirienne malgré la victoire de Laurent Gbagbo. La rue se soulève. L’armée hésite. Le pouvoir bascule. Le militaire fuit.

Vingt-cinq ans plus tard, le scénario trouve un écho troublant en Guinée.
Ici aussi, un général organise une élection à laquelle il se présente.
Ici aussi, les moyens de l’État semblent pencher du même côté.
Ici aussi, un civil expérimenté incarne l’alternative démocratique.

Yéro Baldé, le technocrate qui avait dit non

À 60 ans, Abdoulaye Yéro Baldé porte un parcours qui rassure les milieux économiques et séduit une partie de la jeunesse. MBA de Columbia, ancien cadre de la Banque centrale, ex-ministre. Sa rupture avec Alpha Condé en 2020, lorsqu’il démissionne pour refuser le troisième mandat, a forgé son identité politique : un homme de principes.

Aujourd’hui, il promet 20 milliards de dollars d’investissements, un million d’emplois, une justice indépendante et la transparence totale des contrats miniers.
Mais son handicap est clair : il n’a pas les leviers de l’État, ni la visibilité dont jouit son adversaire militaire.

Doumbouya, l’offensive du bilan

De l’autre côté, Mamadi Doumbouya déroule un argumentaire rodé : routes, échangeurs, hôpitaux, écoles modernes, aéroport rénové, Cité administrative de Koloma, relance du mégaprojet Simandou. Une transition qui se présente comme un “chantier national”.

Autour de lui, une machine politique huilée, dotée de moyens considérables, unie par des alliances multiples. Mais un problème persiste : sa candidature viole l’engagement pris devant la CEDEAO de ne pas participer au scrutin, entachant la crédibilité du processus.

Un parallèle troublant… jusqu’aux détails

Entre la Guinée 2025 et la Côte d’Ivoire 2000, six ressemblances frappent :

  • un militaire putschiste candidat ;

  • un civil face à lui ;

  • un appareil d’État mobilisé ;

  • des opposants exclus ;

  • une tension nationale élevée ;

  • un risque de manipulation des résultats.

Dans cette histoire, une seule inconnue pourrait tout changer : la réaction du peuple.

Deux visions pour le pays

Ce vote dépasse les ambitions personnelles. Il oppose deux trajectoires :

  • La voie Doumbouya, celle d’un pouvoir militaire prolongé, risquant l’isolement international.

  • La voie Yéro Baldé, celle d’un retour au civil, d’une gouvernance technocratique et d’une réintégration régionale.

Le choix ressemble moins à une compétition électorale qu’à une bifurcation historique.

La dernière leçon de 2000

Abidjan avait montré trois vérités :

  • la rue peut protéger les urnes ;

  • l’armée n’obéit pas toujours à l’injustice ;

  • la communauté internationale peut peser lourd.

Le 28 décembre 2025, les Guinéens ne voteront pas seulement pour un nom sur un bulletin.
Ils décideront si le pouvoir vient des armes… ou des urnes.

Présidentielle du 28 décembre : la DGE interdit les téléphones dans l’isoloir

La leçon du référendum de septembre dernier a marqué les esprits. Ce jeudi 11 décembre, lors d’un atelier de formation des journalistes à Conakry, la Direction générale des élections (DGE) a rappelé une règle désormais inscrite dans la loi : l’utilisation des téléphones portables dans les isoloirs est strictement interdite pour la présidentielle du 28 décembre.
Mohamed Aly Condé, conseiller juridique de la DGE, a annoncé la mesure. Cette décision fait suite aux incidents du référendum constitutionnel, lorsque plusieurs électeurs avaient filmé ou photographié leur bulletin avant de diffuser les images sur les réseaux sociaux. Il a expliqué que « le législateur n’a pas apprécié ces comportements ».

« Le vote est secret, et ce caractère ne doit en aucun cas être violé », a insisté le conseiller. Il a précisé que l’interdiction ne relève plus d’une simple consigne administrative. Elle figure désormais dans la loi, à l’article 94 du nouveau Code électoral. Le texte interdit tout appareil dans l’isoloir, sauf les dispositifs médicaux nécessaires.

Une interdiction encadrée par une procédure stricte

Les électeurs pourront garder leur téléphone jusqu’au bureau de vote. Ensuite, ils devront le déposer avant d’entrer dans l’isoloir. Les présidents de bureau ont reçu des instructions claires pour faire respecter cette règle. En cas de refus, ils dresseront un procès-verbal et pourront faire intervenir les forces de sécurité.
Mohamed Aly Condé a rappelé que le président du bureau doit reporter tout incident dans le procès-verbal. Il peut aussi demander l’appui des forces de sécurité si un électeur tente d’utiliser son téléphone dans l’isoloir.

Un rappel pour protéger la confidentialité du vote

Cette mesure vise à restaurer l’intégrité et la confidentialité du vote. Les dérives observées lors du référendum ont montré la nécessité de renforcer le cadre légal. Pour la DGE, il faut empêcher l’isoloir de devenir un espace de pression ou de propagande. L’objectif reste simple : garantir que chaque citoyen vote librement et en toute discrétion.

À deux semaines du scrutin, le message ne laisse place à aucun doute. Le 28 décembre, dans l’isoloir, le téléphone restera à la porte.

Abé Sylla : le « technocrate » qui veut réparer la Guinée

 En pleine campagne pour l’élection du 28 décembre, Abé Sylla veut se démarquer sans bruit. L’ancien ministre de l’Énergie, qui porte les couleurs de la Nouvelle génération pour la République (NGR), ne promet ni rupture spectaculaire ni discours grandiloquent. Il revendique plutôt une approche simple : le sérieux. Il se présente comme « l’homme de solutions », un profil pragmatique dans un paysage politique souvent dominé par la rhétorique.

Un diagnostic sévère et un appel à repartir sur des bases saines

Pour Abé Sylla, la Guinée s’enlise dans les discours sans résultats. Il affirme que « la Guinée traverse une période où tout le monde parle, mais peu de choses avancent », avant de pointer les failles que vivent les citoyens : justice fragile, insécurité, administration défaillante, manque chronique d’énergie, pauvreté persistante.
Selon lui, le pays souffre surtout d’un paradoxe profond : d’immenses richesses, mais une absence durable de direction « stable, moderne et efficace ». Il revendique alors le rôle de « réparateur », s’appuyant sur son profil de technocrate et d’ingénieur.

Trois priorités pour refonder l’action publique

Sa vision repose sur trois grands piliers.

La justice, qu’il considère comme la base absolue d’un État solide. Elle doit permettre d’en finir avec « l’injustice, le favoritisme et la peur ».

L’énergie, condition essentielle du développement. Il insiste : sans électrification fiable, aucun secteur ne peut avancer, ni les hôpitaux, ni les écoles, ni l’industrie, ni l’emploi.

La transformation économique, qui doit passer par la modernisation de l’agriculture, la valorisation interne des mines et la création d’emplois locaux.

Une posture anti-spectacle et une promesse d’ouverture

Contrairement à de nombreux candidats, Abé Sylla refuse d’entrer dans la logique du clash politique. Il dit ne pas vouloir « faire du bruit », ni se laisser entraîner dans la provocation. Il assure qu’il gouvernera avec « toutes les régions, toutes les communautés, toutes les forces vives ». Selon lui, la Guinée n’a pas besoin d’un président contre quelqu’un, mais d’un président pour tout le monde.

Il s’adresse en particulier aux jeunes, aux femmes, aux travailleurs et aux agriculteurs. Il leur promet un pays « organisé, numérique et ouvert », tourné vers la protection et la valorisation de leurs efforts.

Son discours oppose « improvisation » et « instabilité » à la « méthode », à la compétence et à l’organisation. Abé Sylla ne vend pas un rêve, mais un chantier. Sa campagne se présente comme un appel au réalisme : pour lui, la Guinée a trop attendu. Le moment est venu, dit-il, de passer enfin aux solutions.

Accès à la mer pour le Mali : le serment de Conakry

Conakry, Guinée – C’était une visite éclair, mais un message sans équivoque. Mardi 9 décembre 2025, le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga a atterri à Conakry pour une rencontre brève, mais dont les échos pourraient résonner bien au-delà des frontières des deux pays.

Le sujet officiel : la coopération économique, avec sur la table les projets d’interconnexion ferroviaire et de nouveaux corridors de transit. Mais au-delà des cartes et des schémas d’infrastructures, une question vitale planait sur les discussions : l’accès à la mer pour un Mali sous pression.

Le chef du gouvernement guinéen, Amadou Oury Bah, n’a pas fait dans la demi-mesure. Devant son homologue, il a prononcé des mots qui sonnaient comme un serment. « La Guinée est toujours disponible pour apporter son concours à la République du Mali pour l’accession à la mer », a-t-il déclaré, qualifiant cet engagement de « ferme », « moral » et de « responsabilité ».

Une promesse d’autant plus forte qu’elle est faite en « toute circonstance », malgré les « vicissitudes politiques » – une référence subtile aux turbulences diplomatiques qui secouent parfois la région.

Car derrière cette visite de travail, se cache une réalité plus sombre. Le Mali, en lutte contre l’hydre djihadiste depuis 2012, voit aujourd’hui son approvisionnement en carburant directement menacé par les groupes armés. Ces attaques sur une ressource vitale étranglent un peu plus un pays déjà en proie à une crise sécuritaire tentaculaire. C’est dans ce contexte d’urgence que le président malien, le Général Assimi Goïta, a dépêché son Premier ministre à Conakry.

La réponse guinéenne a été claire et fraternelle. « Tout ce qui peut affecter le Mali, affectera nécessairement la Guinée », a souligné Amadou Oury Bah, plaçant la sécurité malienne comme un pilier de la stabilité ouest-africaine. « Nous souhaitons que le Mali retrouve la stabilité et la paix. Cela contribuera à la stabilité et la paix dans toute l’Afrique de l’Ouest. »

Dans les couloirs du pouvoir à Conakry, on comprend que la fragilité du voisin est un risque partagé. L’engagement n’est donc pas seulement une question de solidarité historique entre peuples frères ; c’est aussi une stratégie de stabilité régionale.

Alors que le Premier ministre malien repartait vers Bamako, une certitude demeurait : face au défi de l’enclavement et à la menace sécuritaire, le Mali peut compter sur la porte de Conakry. Une porte que la Guinée promet de garder ouverte, par devoir moral et par intérêt commun.

Faya Millimouno à Kankan : « 49 % pour la CBG, 15 % pour Simandou… et Boké ? »

Kankan, Guinée – L’air est chargé d’une attente électrique. Sous un soleil de plomb, la foule, massée devant l’estrade, semble retenir son souffle. D’un pas décidé, Faya Millimouno s’avance. Le candidat à la présidentielle du 28 décembre 2025 n’est pas venu pour de simples salutations. Il est venu raconter une histoire, une histoire de chiffres qui, selon lui, résume le drame guinéen : celle des parts perdues et des richesses envolées.

Dès ses premiers mots, il plonge l’assistance dans un héritage lointain, presque mythique. « Le président Sékou Touré vivait, paix à son âme, il avait négocié… », commence-t-il, établissant d’emblée un lien entre le père de l’indépendance et le combat actuel pour la souveraineté économique. Puis vient le chiffre, asséné comme une évidence douloureuse : « Vous savez combien de parts souveraines la Guinée a dans la CBG ? C’est 49 %. »

Le silence se fait plus dense. « Ça fait plus de 50 ans que nous prenons les 49 % avec la CBG, mais on n’a pas encore pu construire la ville de Boké. » La phrase tombe, simple, brutale, et dessine en creux un demi-siècle de frustrations. Boké, épicentre de la bauxite, symbole du paradoxe guinéen : une terre riche sur un peuple pauvre.

Puis, le candidat du Bloc Libéral tourne son regard vers l’autre géant, le projet ferroviaire et minier de Simandou, présenté comme le Graal économique. Son ton se fait tranchant. « Aujourd’hui, on est en train de vous vendre l’idée qu’avec Simandou, vous allez avoir suffisamment d’argent pour construire la Guinée… alors que nous n’avons que 15%. » Il marque un temps, scrutant les visages. « Si avec 49%, on n’a pas développé Boké, avec 15%, peut-on développer la Guinée ? »

C’est là, dit-il, le cœur de sa bataille. « Voilà la raison pour laquelle je suis dans cette compétition. Il faut mettre fin au bradage de nos ressources. » Pour Faya Millimouno, ce « bradage » n’est pas une abstraction économique. Il a un visage : celui d’une « jeunesse guinéenne étouffée », privée d’opportunités, tandis que les richesses filent « en Europe, en Amérique ». Sa promesse est claire : « À mon arrivée à Sékhoutouréyah, je mettrai fin à cela. »

Face à cette jeunesse, il ne brandit pas seulement des critiques, mais une alternative : une « bourse de l’entrepreneuriat ». « Au 21e siècle, on n’est plus formé simplement pour travailler pour quelqu’un, lance-t-il. Vous êtes des intelligences qui peuvent créer des entreprises prospères… Il suffit que l’État soit de votre côté. »

Le discours bascule alors de la dénonciation à l’appel à l’action. Faya Millimouno se présente en homme de la « rupture ». « Si vous voulez avoir un résultat différent, il faut faire des choses différemment. » Il se définit non comme un politicien venu « se servir », mais comme un serviteur. « Le moment est arrivé de réclamer notre victoire », clame-t-il, enjoignant ses partisans à « taper à toutes les portes dans le Nabaya ».

Sa vision finale est celle d’une « indépendance économique » pour un pays qu’il décrit comme « riche » mais transformé en « grand cimetière pour les intelligences ». Pour renverser la table, il ne mise pas que sur les promesses, mais sur une mobilisation méthodique. Il donne des consignes précises pour le jour du vote, le 28 décembre : voter, puis « prendre son téléphone » pour appeler les autres, et surtout, « rester là » pour surveiller le comptage. La victoire, martèle-t-il, réside dans « la sécurisation sans faille ».

Alors qu’il quitte l’estrade sous les acclamations, une dernière promesse résonne : « Après le 28 décembre 2025, lorsque je serai à Sékhoutouréyah, vous saurez que vous avez un président qui pense à vous. » À Kankan, Faya Millimouno n’a pas seulement tenu un meeting. Il a planté le décor d’une bataille où les pourcentages des contrats miniers deviennent l’étendard d’une révolution promise.

Bah Oury pose la première pierre d’une nouvelle cité à Conakry

Le Premier ministre guinéen, Bah Oury, a posé ce lundi 8 décembre 2025 la première pierre d’une nouvelle cité des fonctionnaires à Coronthie, dans la commune de Kaloum à Conakry. Lors de la cérémonie, il a présenté un projet qui, selon lui, « transformera l’image de Conakry ».

Une cité pour changer le visage de Conakry

« C’est un bonheur d’être ici pour poser la première pierre de cette cité qui fera de Conakry une ville totalement différente », a déclaré Bah Oury.
Le projet vise à offrir des logements de qualité aux fonctionnaires et à moderniser l’habitat dans la capitale guinéenne.

Le choix de la date est symbolique : le 8 décembre 2025 tombe presque deux ans après l’explosion du dépôt de carburant du 18 décembre 2023, qui avait fait des centaines de victimes à Coronthie.

Hommage aux victimes et soutien politique

Le Premier ministre a rendu hommage aux victimes : « Rendons hommage à toutes les personnes touchées par l’explosion du dépôt de carburant ».
Il a précisé qu’il avait reçu le matin même le chef de quartier de Coronthie 1 et 2 et les responsables de l’association des victimes.

Selon Bah Oury, ces représentants ont exprimé leur gratitude envers le président Mamadi Doumbouya et ont annoncé leur soutien à sa candidature, appréciant sa gestion empathique de la crise.

Une gestion de crise présentée comme un succès politique

Bah Oury a souligné que la manière dont le gouvernement a géré la catastrophe explique le soutien populaire : « Les populations victimes se sentent aujourd’hui en phase avec l’action et la gouvernance de Mamadi Doumbouya ».

Il a félicité les membres du gouvernement pour leur efficacité : « L’écrasante majorité de la population estime que l’action menée sous le leadership du président mérite d’être soutenue ».

Des promesses pour l’avenir

Le Premier ministre a partagé une confidence du président : « Il y a quelques jours, il m’a dit : nous ferons encore de plus grandes choses en Guinée. C’est ce qui commence aujourd’hui ».
Cette déclaration projette une image de continuité et d’ambition renouvelée pour le pouvoir en place.

Contexte électoral et enjeux urbains

Cette annonce intervient trois semaines avant l’élection présidentielle du 28 décembre 2025, où Mamadi Doumbouya se présente pour sa propre succession.
Le lancement de grands travaux urbains à ce moment stratégique illustre la volonté de montrer l’action concrète du gouvernement.

La nouvelle cité répond également à un besoin urgent : logements décents pour les fonctionnaires dans une ville confrontée à l’habitat précaire et à l’urbanisation anarchique.
La reconstruction de Coronthie symbolise la résilience de Conakry et la capacité de l’État à transformer une tragédie en opportunité de développement.

Si le projet se réalise dans les délais annoncés, il pourrait changer le paysage urbain de Conakry et améliorer les conditions de vie de nombreux fonctionnaires.
Reste à voir si cette annonce se traduira par une réalisation effective, dans un pays où les projets d’infrastructure connaissent souvent des retards.

Abdoulaye Kourouma promet 500 000 emplois et fait de la justice sa priorité

Le président du Rassemblement pour la renaissance et le développement (RRD)Abdoulaye Kourouma, a dévoilé son programme de société en vue de l’élection présidentielle guinéenne du 28 décembre 2025. Articulé autour de 10 axes prioritaires, ce programme mise particulièrement sur l’indépendance judiciaire comme condition sine qua non du développement, avec l’ambition de créer 500 000 emplois en cinq ans.

Une justice indépendante comme « colonne vertébrale » du développement

Abdoulaye Kourouma, ancien député, a placé la justice au cœur de sa vision : « Tout cela ne se fait pas sans le respect de la justice. Et là, rassurez-vous, un pays qui se veut développer a obligatoirement besoin d’une justice équitable et indépendante ». Il ajoute : « La justice est la colonne vertébrale de notre programme de société. Pas de justice, pas de santé, d’éducation, d’investissement ».

Pour le candidat, cette approche crée un cercle vertueux : « Lorsqu’il y a de la justice, il y a de l’investissement. Et quand il y a de l’investissement, il y a la création d’emplois […] Et cela nous amène à la stabilité sociale ».

Les 10 axes du programme de société

Le programme du RRD s’articule autour des priorités suivantes :

  • Refondation de l’État et gouvernance vertueuse : Instaurer une gouvernance fondée sur la transparence, la responsabilité et le mérite.
  • Réconciliation nationale et unité : Panser les blessures du passé et renforcer la cohésion nationale.
  • Sécurité des citoyens et souveraineté du territoire : Assurer la protection des personnes et des biens.
  • Éducation, formation et recherche : Garantir une éducation de qualité et utile à l’économie.
  • Santé pour tous : Garantir l’accès équitable à des soins de qualité sur tout le territoire.
  • Relance économique et industrialisation : Diversifier l’économie et créer 500 000 emplois en 5 ans.
  • Souveraineté alimentaire : Atteindre cet objectif d’ici 2030.
  • Modernisation des infrastructures : Garantir l’accès à l’énergie pour tous.
  • Protection de l’environnement : Aménager durablement le territoire.
  • Jeunesse : Donner aux jeunes les moyens de construire leur avenir.

Des engagements chiffrés et un mécanisme de suivi

Parmi les engagements les plus concrets figure la création de 500 000 emplois en cinq ans, un objectif ambitieux dans un pays où le chômage des jeunes constitue un défi majeur. L’atteinte de la souveraineté alimentaire d’ici 2030 représente un autre engagement fort dans un pays qui importe encore une partie significative de sa nourriture.

Abdoulaye Kourouma promet également un système de suivi-évaluation rigoureux : « Nous allons créer un comité présidentiel de suivi et d’évaluation du programme avec la publication semestrielle des rapports de performance, l’évaluation indépendante par la société civile et les partenaires ».

Un programme dans un contexte électoral compétitif

Cette présentation intervient alors que la campagne présidentielle guinéenne entre dans sa phase décisive. Abdoulaye Kourouma fait face à plusieurs candidats de poids, notamment le général Mamadi Doumbouya (candidat de la transition), Abdoulaye Yéro Baldé (FRONDEG), et d’autres figures de l’opposition.

L’accent mis sur la justice indépendante répond à une préoccupation majeure des Guinéens, dans un pays où le système judiciaire a souvent été critiqué pour son manque d’indépendance et son instrumentalisation politique.

Les défis de la mise en œuvre

Si le programme est ambitieux, sa mise en œuvre se heurtera à plusieurs défis :

  • Le financement : La création de 500 000 emplois et la modernisation des infrastructures nécessitent des investissements massifs.
  • La gouvernance : La lutte contre la corruption et l’instauration d’une justice véritablement indépendante nécessitent une volonté politique forte et durable.
  • Le contexte sécuritaire : La stabilité du pays est essentielle pour attirer les investissements promis.
  • La crédibilité des engagements : Dans un contexte politique souvent marqué par des promesses non tenues, Kourouma devra convaincre de sa capacité à traduire son programme en actions concrètes.

Le candidat conclut son plaidoyer par un slogan simple mais évocateur : « Voter Abdoulaye Kourouma, c’est choisir la justice pour tous et le développement ». Un message qui cherche à séduire un électorat en quête de stabilité, d’équité et de perspectives économiques après des années d’incertitude politique.

Doumbouya procède à un vaste remaniement judiciaire avant l’élection

Le général Mamadi Doumbouya a procédé ce jeudi à un vaste remaniement de l’appareil judiciaire guinéen, quelques semaines seulement avant l’élection présidentielle du 28 décembre 2025. Par décret, le chef de l’État a nommé de nouveaux responsables à la tête des Cours d’Appel de Conakry et Kankan, ainsi que des Tribunaux de Première Instance clés à travers le pays.

Un renouvellement profond de la magistrature

Ce changement touche toutes les juridictions, de Conakry à l’intérieur du pays, et se caractérise par l’intégration massive de la 7e promotion de magistrats. Le renouvellement concerne aussi bien les juges du siège que les membres du parquet, avec des rotations importantes entre différentes régions.

À la Cour d’Appel de ConakryM. Ibrahima Sory Tounkara est nommé Premier président, tandis que M. Fallou Doumbouya prend la tête du Parquet général comme procureur général. Notons la nomination de Mme Fanta Cherif, précédemment conseillère, comme présidente de la 7e chambre civile, économique et administrative.

À la Cour d’Appel de KankanM. Pierre Lamah devient Premier président, avec M. Alghassimou Diallo comme procureur général.

Les tribunaux de Conakry réorganisés

Dans la capitale, les tribunaux de première instance subissent d’importants changements :

  • Kaloum : présidence confiée à Mme Aissatou Sacko

  • Dixinn : M. Aboubacar Thiam promu président

  • Mafanco : M. Souleymane Traoré nommé président

Le Tribunal de commerce de Conakry aura désormais à sa tête M. Sekou Kandé, tandis que le Tribunal pour enfants sera présidé par M. Mohamed Bamba Camara.

L’intérieur du pays également concerné

Le remaniement s’étend à toutes les régions de la Guinée :

  • Kindia : M. Ousmane Sylla nommé président du TPI

  • Dubréka : M. Abdoul Ziz Diallo prend la présidence

  • Kankan : M. Mamadou Saliou Diakité nommé président

  • Faranah et Kissidougou : rotations importantes entre les deux juridictions

Une 7e promotion massivement intégrée

Un aspect marquant de ce remaniement est l’intégration massive des jeunes magistrats de la 7e promotion. On les retrouve à des postes de juges, juges d’instruction et substituts du procureur dans presque toutes les juridictions, témoignant d’une volonté de renouvellement générationnel de l’appareil judiciaire.

Un timing stratégique avant la présidentielle

Ce remaniement intervient à un moment crucial de la vie politique guinéenne. À moins de quatre semaines de l’élection présidentielle où Mamadi Doumbouya est candidat, cette réorganisation complète du système judiciaire peut être interprétée comme une volonté de s’assurer du contrôle des institutions judiciaires pendant et après la période électorale.

La justice jouera en effet un rôle clé dans le traitement d’éventuels contentieux électoraux, ainsi que dans le maintien de l’ordre pendant le scrutin. La nomination de nouveaux procureurs et juges dans toutes les régions du pays permet au pouvoir en place de disposer de relais judiciaires fraîchement installés à l’approche de ce rendez-vous électoral décisif.

Ce mouvement de grande ampleur témoigne de la préparation intensive du pouvoir pour la présidentielle, où la crédibilité des institutions, notamment judiciaires, sera un enjeu majeur pour la légitimité du processus électoral et de son résultat.

Présidentielle guinéenne : un cadre de l’opposition enlevé, le Bloc Libéral dénonce une « stratégie de terreur »

À moins de quatre semaines de l’élection présidentielle guinéenne du 28 décembre 2025, le climat politique se tend dangereusement. Le Bloc Libéral (BL), parti d’opposition dirigé par Faya Millimouno, a annoncé ce jeudi l’enlèvement de son directeur adjoint de campagne, Massa Douago Guilavogui. Le kidnapping aurait eu lieu dans la nuit du 2 au 3 décembre.

Le parti dénonce un acte « odieux » et parle d’une « stratégie de terreur ». Selon lui, cette manœuvre vise à étouffer les voix dissidentes en pleine période électorale.

Un militant enseignant enlevé par des « individus non identifiés »

D’après le communiqué du BL, Massa Douago Guilavogui, également enseignant, a été enlevé par des individus non identifiés. Le parti considère cette disparition comme faisant partie d' »une série d’attaques » contre ses cadres et militants. Aucun détail supplémentaire sur les incidents précédents n’a été fourni.

Le BL décrit Guilavogui comme « un militant engagé » qui œuvre pour l’éducation et l’amélioration des conditions des enseignants. Son profil le relie directement aux tensions sociales récentes, notamment la grève des enseignants qui dure depuis plusieurs semaines.

Cinq exigences pour rétablir la confiance

Le Bloc Libéral a formulé cinq exigences face à cet enlèvement :

  • Condamner fermement l’enlèvement et exiger la libération immédiate de Massa Douago Guilavogui.

  • Libérer toutes les personnes portées disparues ou détenues arbitrairement.

  • Lancer une enquête urgente et impartiale pour identifier les auteurs et les commanditaires.

  • Garantir la sécurité de tous les acteurs politiques pendant la campagne électorale.

  • Respecter les droits fondamentaux et le libre exercice de l’activité politique.

Le parti considère cet enlèvement comme « une atteinte grave aux droits humains, à la sûreté des citoyens et au libre exercice de la politique ». Il ajoute que ces actes plongent le pays dans « un climat de terreur inacceptable » alors que l’élection doit être libre et apaisée.

Un contexte électoral déjà tendu

Cette affaire intervient dans un climat politique déjà très tendu. La campagne présidentielle bat son plein. Le général Mamadi Doumbouya, chef de la transition, est le candidat favori. Il affronte plusieurs opposants, dont Abdoulaye Yéro Baldé (FRONDEG) et Faya Millimouno (BL).

Les dernières semaines ont été marquées par des tensions sociales, des remaniements sécuritaires dans l’armée et la police, et des accusations contre le pouvoir pour verrouillage du processus électoral.

L’enlèvement d’un cadre d’opposition, si confirmé, pourrait sérieusement compromettre la crédibilité du scrutin. La Guinée, qui cherche à tourner la page de la transition militaire de septembre 2021, ne peut se permettre une escalade des violences à l’approche du vote.

Les prochaines heures seront cruciales. La réaction des autorités, la conduite d’une enquête indépendante et le sort de Massa Douago Guilavogui détermineront si le pays pourra organiser l’élection dans des conditions de sécurité et de liberté acceptables.

Yéro Baldé regrette l’absence de Condé, Diallo et Touré à la présidentielle

À l’approche de l’élection présidentielle guinéenne du 28 décembre 2025, le candidat du Front démocratique de Guinée (FRONDEG)Abdoulaye Yéro Baldé, a exprimé ses regrets quant à l’absence des poids lourds politiques Cellou Dalein DialloAlpha Condé et Sidya Touré de la compétition électorale. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur a toutefois réaffirmé sa détermination à remporter le scrutin face au candidat de la transition, le général Mamadi Doumbouya.

« J’aurais aimé qu’ils soient présents »

Abdoulaye Yéro Baldé n’a pas caché sa déception face à un paysage électoral privé de certaines figures historiques. « J’aurais aimé que ces leaders – que ce soit le Premier ministre Sidya Touré, le Premier ministre Cellou Dalein Diallo, le président Alpha Condé – soient présents ou à travers leurs partis, ça aurait été l’idéal », a-t-il déclaré, se présentant comme « un démocrate convaincu ».

Le candidat a rappelé son propre parcours pour étayer ses convictions démocratiques : « J’ai démissionné du gouvernement [d’Alpha Condé] parce que je crois fermement à la démocratie et la liberté. J’aurais préféré qu’ils soient aussi présents ou leurs partis, mais ce n’est pas le cas. »

Une campagne centrée sur la stabilité politique

Face à cette absence, Yéro Baldé axe sa campagne sur la promesse d’instaurer une stabilité politique durable en Guinée. « Depuis notre indépendance en 1958, l’instabilité est permanente en Guinée. Chaque changement de régime s’accompagne de morts, de tueries et il faut que ça s’arrête », a-t-il martelé.

Il insiste sur la « soif de stabilité politique » des Guinéens, qu’il considère comme un prérequis essentiel pour « engager un développement réel de notre pays ». Son projet de société vise précisément, selon ses termes, à empêcher que « ce type d’actes se répètent ».

Les libertés démocratiques comme priorité

Le candidat du FRONDEG a détaillé ses priorités en cas de victoire. « Si je suis président de la République, la première des choses, c’est de rétablir les libertés démocratiques, la liberté de la presse et la liberté d’opinion et faire de la justice le principal instrument du changement dans notre pays. »

Une promesse qui résonne particulièrement dans un contexte où la transition militaire a été marquée par des restrictions des libertés publiques et où la candidature de Mamadi Doumbouya elle-même fait débat. Yéro Baldé a d’ailleurs rappelé que « selon la charte de la transition, Mamadi Doumbouya n’avait pas le droit de se présenter », tout en reconnaissant que « ce qui s’est passé aujourd’hui, c’est un état de fait ».

Un appel aux absents à contribuer à l’avenir du pays

Interrogé sur la possibilité de capitaliser politiquement sur l’absence de ces figures, Yéro Baldé a répondu par la négative. « La question de capitaliser sur leur absence ne se pose pas. Aujourd’hui, il faut capitaliser sur quoi ? Sur ce besoin fondamental des Guinéens : la soif de changement. »

Il lance plutôt un appel à Diallo, Touré et Condé : « Nous sommes à un tournant historique de l’avenir de la Guinée. Qu’ils soient présents ou pas, il faut qu’ils apportent leur contribution, qu’ils parlent à leurs militants et que nous puissions aller de l’avant pour un meilleur avenir pour tous. »

Cet entretien révèle la stratégie du candidat du FRONDEG : se présenter comme l’alternative démocratique et stable face à un pouvoir issu de la transition militaire, tout en tentant de rallier symboliquement l’électorat des leaders politiques exclus du processus. À moins de quatre semaines du scrutin, Yéro Baldé tente de capitaliser sur les frustrations liées aux absences forcées tout en proposant un programme centré sur la rupture avec l’instabilité chronique du pays.

Doumbouya : « Ma main ne tremblera pas contre la corruption »

Le mardi, le candidat à la présidence guinéenne Mamadi Doumbouya a pris la parole pour s’adresser directement aux Guinéens, à quelques semaines du scrutin décisif du 28 décembre 2025. Le leader du mouvement Génération pour la modernité et le développement (GMD) a présenté un bilan de ses quatre années à la tête de la transition et détaillé sa vision pour « une Guinée prospère » s’il est confirmé à la magistrature suprême.

« Nous avons besoin de vous pour continuer à bâtir ensemble, avec toutes les filles et tous les fils de notre nation, une Guinée prospère, résolument tournée vers son développement harmonieux et le bien-être de ses populations », a déclaré Doumbouya, posant d’emblée les fondements de son projet de société basé sur « l’amour de notre patrie » et « l’engagement de bâtir ensemble ».

Priorités affichées : pauvreté, corruption et bien-être social

Le candidat a cité parmi ses priorités absolues « la lutte farouche contre la pauvreté et la corruption ». Son objectif affiché : permettre à chaque Guinéen de « manger à sa faim, scolariser ses enfants dans les meilleures écoles et dans les meilleures conditions, se loger dignement, se déplacer librement en sécurité ». Il s’est engagé à travailler avec « détermination, rigueur et discipline » pour consolider des institutions fortes dans un État de droit moderne.

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Un bilan chiffré de la transition

Mamadi Doumbouya a longuement détaillé les réalisations de sa gouvernance depuis quatre ans, qu’il présente comme des preuves tangibles de sa capacité à transformer le pays.

Infrastructures de transport : « Plus de 1 000 km de routes bitumées », avec mention spéciale des ponts de Tanènè (avec péage), de la Soumba, de Kassonya, et des échangeurs de Bambeto, Kagbelen et Km 36.

Santé et éducation : Lancement de la « construction d’hôpitaux dans plusieurs régions », bâtiment d’écoles modernes comme Barry Diawadou de Dixinn, et garantie d’une « prise en charge médicale à 80 % de tous les fonctionnaires et retraités » ainsi que la « gratuité progressive pour les femmes et hommes de culture ».

Formation et administration : Création du Prytanée militaire de Guinée, construction de la cité administrative de Koloma, rénovation et extension de l’aéroport international Ahmed Sékou Touré.

Entreprises publiques : Mise en place de la Nimba Mining Company, de la Compagnie du Transguinéen, et de la Banque nationale d’investissement (BNI).

Services de base : Amélioration de « l’accès à l’eau potable » et renforcement de « l’électrification de nos villes et villages », sans oublier la dotation en « véhicules adaptés aux besoins de l’administration déconcentrée à tous les gouverneurs, préfets et sous-préfets ».

Simandou : le projet structurant de l’avenir

Le candidat a accordé une place particulière au projet Simandou, présenté comme la clé de voûte du développement économique futur. « Le 11 novembre à 11h11, nous avons entendu les premiers trains de Simandou siffler à Morébaya », s’est-il félicité. Selon lui, les revenus de ce gigantesque projet minier doivent « permettre de diversifier et d’accélérer durablement le développement économique de notre nation et renforcer la souveraineté politique et économique du pays ».

Une ligne rouge anti-corruption

Dans un passage fort de son discours, Doumbouya a martelé : « Je vous réitère que ma main ne tremblera pas contre la corruption ». Une déclaration qui fait écho aux critiques fréquentes sur la gouvernance des ressources minières en Guinée, et qui vise à rassurer sur la transparence future de la gestion de la manne de Simandou.

L’appel final à « bâtir ensemble »

Le candidat a conclu par un appel à l’unité nationale, invitant les Guinéens à le rejoindre dans « cette dynamique de construction nationale pour une Guinée unie, prospère et résolument tournée vers l’avenir ». Son slogan de campagne, « Rejoignez-nous pour bâtir ensemble notre nouvelle Guinée, notre paradis, terre de richesses et d’innovations », résume sa volonté de se présenter non seulement comme le continuateur de la transition, mais comme l’architecte d’une nouvelle ère de développement.

Ce discours, dense en annonces et en chiffres, constitue la pierre angulaire de la campagne de Doumbouya. Il vise à transformer l’essai de la période transitoire en légitimité électorale, en convainquant les Guinéens que quatre années supplémentaires sont nécessaires pour consolider et amplifier les transformations engagées. Reste à voir si ce bilan auto-proclamé trouvera écho dans l’urne le 28 décembre prochain.

Doumbouya : la campagne qui bouscule la Guinée

À Conakry, alors que le pays se prépare à une présidentielle décisive, un nom résonne avec insistance : Mamadi Doumbouya. Le candidat de la Génération pour la Modernité et le Développement (GMD) ne se contente pas de battre campagne ; il bâtit une machine électorale comme la Guinée n’en avait encore jamais vu.
À moins d’un mois du vote, son équipe avance avec la précision d’un horloger. Chaque déplacement, chaque message, chaque visuel semble pensé, travaillé, affiné pour une seule ambition : convaincre et mobiliser massivement.

Dès les premiers jours, le décor est planté. Le Directoire national publie un organigramme complet, une transparence rare dans la politique guinéenne. Les responsabilités y sont clairement attribuées, les missions parfaitement définies. Pour de nombreux observateurs, ce geste marque un tournant. On découvre un appareil maîtrisé, rigoureux, décidé à imposer un nouveau standard : celui du professionnalisme politique.

Un déploiement rapide, méthodique, presque militaire

En quelques semaines seulement, les structures du Directoire se déploient à travers toute la Guinée… et au-delà. Dans les capitales africaines, européennes ou américaines, les représentations du GMD s’organisent à grande vitesse. Le message est clair :
aucun électeur, où qu’il soit, ne doit rester en marge de la campagne Mamadi Doumbouya.

Cette montée en puissance trouve un moment clé dans l’organisation d’un séminaire national inédit. Responsables régionaux, préfectoraux, sous-préfectoraux : tous se retrouvent autour d’une même feuille de route. Les participants décrivent des heures de travail intenses, une ambiance d’efficacité, une méthodologie précise. Pour la première fois, affirment certains, une campagne présidentielle guinéenne semble avancer avec un cap limpide, des outils concrets et un objectif partagé : construire la victoire du 28 décembre.

Peu après, un autre séminaire réunit les responsables préfectoraux autour du projet de société, de la stratégie, du code électoral et même de la charte graphique.
Rien n’est laissé au hasard.
Tout est pensé pour façonner une campagne cohérente, disciplinée et moderne.

Une dynamique inclusive et un appareil qui se renforce

Chaque semaine, le Directoire multiplie les rencontres avec des leaders de coalitions politiques. L’objectif : renforcer l’unité, créer des convergences, élargir la base de soutien. Dans une Guinée souvent agitée par les ruptures, Doumbouya veut une campagne « civilisée et gagnante ».

Le 1er décembre, l’inauguration de la permanence nationale du GMD marque un symbole fort. Une maison, un quartier général, un repère pour une mouvance qui entend réinventer la manière de faire campagne.

Sur le terrain, les mécanismes de coordination s’affinent. Les mouvements de soutien s’intègrent progressivement à une structure maîtrisée. Les associations, les coalitions de partis, les organisations citoyennes trouvent leur place dans un ensemble cohérent.
Au cœur de cette architecture, une idée revient constamment :
la proximité avec le peuple, l’écoute, la pédagogie autour du projet de société.

Une campagne qui redéfinit les codes guinéens

Au fil des semaines, une évidence s’impose : la campagne Mamadi Doumbouya n’est pas une campagne comme les autres. Elle est plus rapide, plus structurée, plus méthodique. Ses innovations, sa discipline et sa maîtrise du tempo surprennent même les observateurs les plus aguerris.

Jamais en Guinée un appareil électoral n’avait atteint un tel niveau de professionnalisation.
Jamais un candidat n’avait déployé autant d’outils modernes, autant de coordination, autant d’efficacité.

À mesure que le 28 décembre approche, une question domine les analyses :
cette organisation exemplaire sera-t-elle le moteur de la victoire de Mamadi Doumbouya ?

Si la politique n’offre jamais de certitudes, une chose est sûre :
le candidat du GMD avance avec la force tranquille d’un homme qui croit en sa méthode, en son équipe et en sa destinée.

Campagne Doumbouya : le GMD mise sur le « rabattage » et la formation en cascade

À l’approche de l’élection présidentielle du 28 décembre 2025, le mouvement Génération pour la modernité et le développement (GMD) passe à la vitesse supérieure. Le directoire de campagne du candidat Mamadi Doumbouya a lancé une vaste opération de formation et de structuration sur l’ensemble du territoire national. Objectif affiché : transformer l’essai de la transition en une victoire électorale incontestable.

Faya François Bourouno, directeur adjoint de campagne, en a fixé les contours : « L’objectif que nous visons, c’est la victoire du candidat Mamadi Doumbouya le 28 décembre 2025. » Mais cette victoire, selon lui, repose sur des fondations précises : « une forte participation des Guinéens » et « la tenue d’un scrutin paisible ». Deux conditions que le GMD entend activement préparer.

Une campagne « structurée et civilisée » pour éviter le folklore

Conscient des enjeux, le mouvement mise sur une organisation rigoureuse pour éviter les écueils des campagnes traditionnelles. « Il faut une bonne organisation, une bonne préparation pour avoir une campagne structurée, une campagne civilisée, mais une campagne qui mène vers cette victoire », explique M. Bourouno. Une approche qui contraste avec le « folklore » et les « grands meetings » souvent associés aux élections en Afrique.

Pour y parvenir, le GMD a mis en place un système de formation en cascade déjà opérationnel. « On a déjà des formateurs nationaux et régionaux qui ont été formés. Ils sont sur le processus de déploiement dans les régions et préfectures pour la formation jusqu’à la formation des délégués des bureaux de vote », détaille le responsable. Une méthodique descente vers la base du système électoral.

Le « rabattage » : une stratégie de proximité pour toucher chaque électeur

L’innovation stratégique majeure réside dans le déploiement d’un système de « rabattage » électoral. Un terme qui désigne ici une campagne de terrain intensive et ciblée. « Pour le candidat, il faut que son projet de société soit connu par les Guinéens afin qu’ils votent pour lui sur la base de ce qu’il propose », insiste Bourouno. Et pour cela, pas question de se limiter aux grandes villes : « Il faut que cette campagne soit une campagne de proximité. Pour cela, il faut organiser un système de sensibilisation qui permette de toucher l’électeur dans sa zone de résidence. »

Ce dispositif repose sur l’architecture administrative du pays, déployé « en cascade jusqu’à atteindre les électeurs dans les secteurs. » La formation a inclus non seulement les cadres du GMD, mais aussi « des représentants des coalitions de partis politiques et des coordinations de mouvements de soutien » qui appuient la candidature de Doumbouya.

Un maillage territorial jusqu’au quartier

Une fois formés, ces relais régionaux retournent sur le terrain avec une mission précise : former à leur tour des acteurs locaux qui « iront faire l’activité de rabattage en appui à nos directoires mis en place dans les sous-préfectures et à nos comités de campagne de quartier et de district. »

Cette stratégie de maillage fin du territoire vise à créer une présence permanente du candidat sur le terrain, même dans les zones les plus reculées. Elle répond directement à l’appel lancé quelques jours plus tôt par le Premier ministre Bah Oury, qui exhortait les partisans de Doumbouya à « aller chercher les gens dans leur maison » et à « faire du porte-à-porte ».

À deux mois du scrutin, le GMD dévoile ainsi les rouages d’une machine électorale moderne, combinant formation technique des délégués et mobilisation populaire de proximité. Un double dispositif qui vise à la fois à sécuriser le processus électoral et à maximiser le vote en faveur de Mamadi Doumbouya, présentant sa campagne comme un modèle de professionnalisme politique face à ce moment crucial pour l’avenir de la Guinée.

Bah Oury en campagne : « Allez chercher les gens dans leur maison pour le 28 décembre »

À Matam, où les partisans du général Mamadi Doumbouya s’étaient rassemblés en nombre, le Premier ministre Bah Oury a lancé un appel vibrant à la mobilisation. Devant une foule enthousiaste, il a martelé un message clair : la bataille électorale n’est jamais gagnée d’avance. Son discours, loin de toute autosatisfaction, était un rappel à l’ordre pour les militants et une stratégie pour maximiser la participation au scrutin du 28 décembre prochain.

« Le candidat Mamadi Doumbouya nous regarde et vous regarde », a déclaré Bah Oury, insistant sur la volonté du candidat de la transition d’une campagne exemplaire et d’un taux de participation élevé. « Il ne faut jamais dire que la bataille est gagnée d’avance », a-t-il répété, recentrant l’enjeu non pas sur les adversaires politiques, mais sur la mobilisation populaire. « L’enjeu, c’est le taux de participation, ce n’est pas un adversaire. C’est un enjeu principal pour nous que le taux de participation soit particulièrement élevé ».

Un appel au porte-à-porte et à la mobilisation de terrain

Le chef du gouvernement a alors détaillé la marche à suivre pour les militants, esquissant une véritable stratégie de terrain. « Allez chercher les gens dans leur maison, faites du porte-à-porte, réveillez ceux qui sont endormis », a-t-il exhorté. Un discours qui tranche avec la simple logique des grands meetings, reconnaissant que le succès électoral se joue aussi dans l’effort patient de conviction individuelle.

« Ne croyez pas que c’est simplement le bruit ou bien un vote en faveur du candidat Mamadi Doumbouya qui nous intéresse. Nous voulons davantage« , a-t-il poursuivi, fixant une exigence de légitimité forte pour le scrutin à venir.

La quête d’un mandat populaire « clair, net et sans ambiguïté »

L’objectif ultime, selon Bah Oury, est l’obtention d’un mandat populaire incontestable. « Il faut que le mandat populaire soit clair, net et sans ambiguïté, avec un taux de participation élevé », a-t-il affirmé. Une déclaration qui semble viser à la fois la crédibilité interne et la légitimité internationale du futur président, dans un contexte où les transitions politiques en Guinée sont observées avec une attention particulière.

Il a conclu en faisant de cette mobilisation une responsabilité collective : « Pour cette raison, c’est notre travail à nous tous, dans les grandes villes, dans les quartiers, dans les villages, dans les villes moyennes… Cherchez tout le monde pour qu’on aille voter le 28 décembre 2025 ».

Une stratégie visant à légitimer la transition

Ce discours, tenu dans un fief de soutien à Doumbouya, révèle une stratégie consciente de la part du camp au pouvoir. Plutôt que de se reposer sur une dynamique supposée acquise, il mise sur une participation massive pour assoir la légitimité du processus et du futur vainqueur. En appelant à mobiliser même « ceux qui sont endormis », Bah Oury reconnaît implicitement les défis de l’abstention et de la lassitude électorale, tout en cherchant à les surmonter par un travail militant intensif.

À quelques semaines du scrutin, ce meeting à Matam montre un camp décidé à transformer l’essai de la transition en une victoire électorale aussi large que possible, pour donner au prochain président une assise populaire qui dépasse le simple comptage des voix.

Mohamed Nabé (ARP) à Labé : « Notre projet est d’abord d’écouter »

Ce dimanche 30 novembre, c’est dans l’énergie sobre et le dialogue que l’Alliance Renouveau pour le Progrès (ARP) a choisi d’entrer en campagne. À Labé, devant un public attentif, son candidat Mohamed Nabé a posé les bases d’une tournée nationale singulière, moins tournée vers les promesses spectaculaires que vers l’écoute des préoccupations quotidiennes.

« Nous venons expliquer notre projet et écouter vos priorités », a déclaré d’emblée le président de l’ARP, fixant le ton de sa démarche. Une phrase qui résume sa philosophie de campagne : un dialogue permanent avec les citoyens, présenté comme le socle d’une gouvernance future plus proche et plus responsive.

Une campagne axée sur l’échange, pas sur le monologue

Contrairement aux grands meetings électrisés de Conakry ou de Dubréka, le lancement à Labé a pris la forme d’une rencontre d’échanges. Les interventions, tant du candidat que de ses équipes, ont porté sur des thèmes concrets et ressentis localement : la gouvernance de proximité, l’accès aux services publics (santé, éducation, eau), l’organisation de l’administration et les besoins spécifiques des communautés.

« Notre démarche est de rester proches des citoyens tout au long de cette campagne », a insisté Mohamed Nabé. Il s’agit pour lui de construire son programme non pas dans un bureau, mais sur le terrain, en prenant le pouls des Guinéens de l’intérieur du pays, souvent moins audibles que les capitalins.

Labé, premier jalon d’une tournée nationale d’écoute

Ce rassemblement à Labé n’est que le point de départ. Il marque le début d’une tournée nationale que le candidat et son équipe entendent mener dans les semaines cruciales qui précèdent le scrutin du 28 décembre 2025. L’objectif est clair : s’imprégner des réalités de chaque région, des plateaux du Fouta aux forêts de Guinée forestière, pour forger un projet qui parle à tous.

Dans un contexte électoral où les discours sont souvent très généraux, la stratégie de l’ARP se distingue par son ancrage local et participatif. Elle répond à une attente palpable d’une partie de l’électorat, fatigué des promesses descendantes et en quête d’une politique plus concrète et plus humble.

Un style qui tranche dans le paysage électoral

Face à des concurrents qui brandissent des projets de centaines d’usines, de millions d’emplois ou de révolution féminine, Mohamed Nabé mise sur un atout différent : la crédibilité du dialogue. Son message sous-entend qu’une bonne politique commence par une bonne écoute, et qu’aucun développement durable ne peut être imposé sans avoir été discuté avec celles et ceux qui le vivront.

Le pari est audacieux. Dans le feu médiatique d’une campagne, le discours de l’écoute risque d’être moins bruyant que celui des grandes ambitions. Mais il pourrait séduire un électorat désireux de renouveau dans la manière même de faire de la politique. Les prochaines étapes de sa tournée diront si cette offre de campagne « à l’écoute » trouve un écho suffisant pour porter l’ARP au-delà de ses bastions.

Dubréka vibre pour Makalé Camara : une femme, une vision, une nation

Devant une foule fervente rassemblée au stade préfectoral de Dubréka, sa terre natale, Hadja Makalé Camara a lancé ce dimanche 30 novembre un message clair : l’heure est venue pour les femmes guinéennes de « prendre leur part de responsabilité ». Candidate du Front pour l’Alliance Nationale (FAN) et seule femme en lice pour la présidentielle du 28 décembre, elle a placé son discours sous le double signe de l’unité nationale et de l’émancipation féminine.

« Je conduis cette campagne pour aider les femmes à se tenir, pour dire aux femmes d’oser lever la main pour candidater. Les femmes doivent oser le pouvoir. Sans le pouvoir, nous serons toujours derrière », a-t-elle lancé, soulevant un tonnerre d’applaudissements.

Une candidature présentée comme historique et méritocratique

L’événement avait des allures de consécration. Aboubacar Aly Camara, coordinateur fédéral du FAN à Dubréka, a ouvert la cérémonie en soulignant la portée symbolique de cette candidature. « Nous sommes réunis ici pour confirmer un projet, une vision, et un avenir meilleur », a-t-il déclaré, présentant Makalé Camara comme une dirigeante « unie et responsable », engagée pour la « justice sociale, l’équité et la transparence ».

Son directeur de campagne, Ibrahima Sory Camara, a insisté sur la légitimité et l’expérience de la candidate, ancienne ministre. « La Guinée a besoin de femmes responsables capables d’apporter un changement crucial… et elle en est capable », a-t-il martelé, voyant en sa sélection parmi les neuf candidats retenus la preuve d’une « réalité méritocratique ».

« Je ne suis pas une messie, mais une citoyenne à sa place »

Dans un discours personnel et puissant, Hadja Makalé Camara a su toucher juste. « La femme que je suis se tient pour ce pays… Je ne suis pas en train de concourir pour un destin personnel ; je ne crois pas en la messie pour les autres », a-t-elle affirmé, refusant tout culte de la personnalité.

Elle a plutôt appelé à écrire ensemble « une histoire de femmes ». Une histoire qui s’intéresse à la femme « en tant qu’être humain qui a des droits inaliénables… et qui a sa place dans l’accomplissement du destin de notre nation ». Revendiquant sa citoyenneté avant tout, elle a rappelé : « Je travaille pour la Guinée depuis que je sais marcher, et je continuerai. »

Un plaidoyer pour l’unité face aux richesses gaspillées

Au-delà de la cause féminine, la candidate a dressé un tableau sans concession de la Guinée. Elle a énuméré les richesses immenses du pays – bauxite, fer, eau, terres agricoles – pour mieux déplorer la pauvreté persistante et l’exode de la jeunesse.

Elle a fermement condamné les replis identitaires et l’ethnocentrisme, obstacles au développement. « Nous sommes une nation arc-en-ciel, diverse et bénie. Unissons-nous pour développer ce pays », a-t-elle plaidé, appelant à une cohésion sociale comme fondement de toute prospérité.

Le début d’une campagne axée sur le rassemblement

Ce lancement à Dubréka marque le début d’un parcours qui se veut rassembleur et apaisé, en contraste avec une campagne souvent tendue. Face à des rivaux qui promettent des centaines d’usines ou des millions d’emplois, Makalé Camara mise sur une autre valeur : la responsabilisation collective, en commençant par la moitié de la population trop longtemps tenue à l’écart du pouvoir.

Son message est autant un programme qu’un acte de foi dans les capacités des Guinéennes. Reste à voir si cet appel à « oser le pouvoir » résonnera suffisamment fort pour transformer l’essai historique du 28 décembre.

Bouna Keita et le RGP : « 100 usines pour la Guinée »

Ils étaient des milliers, ce dimanche 30 novembre, à encercler le siège du Rassemblement pour une Guinée Prospère (RGP) à Kissosso, dans la commune de Matoto. Deux jours après l’ouverture de la campagne présidentielle, le parti a montré sa force. La mobilisation pour lancer la candidature d’Elhadj Bouna Keita a attiré une foule déterminée.

Dans une ambiance électrique, le leader du RGP a présenté sa vision : faire de la Guinée une puissance industrielle africaine. « Si je suis élu président, ma force sera l’agriculture. Ma force sera l’agro-industrie. Ma force sera la création d’une banque destinée à soutenir l’agriculture et les industries », a-t-il lancé devant une assemblée conquise.

Le pari industriel : « 100 usines pour tuer le chômage »

Le discours de Bouna Keita repose sur un constat clair et une ambition forte. Le constat : « À son époque, la Guinée était l’un des pays les plus industrialisés. Aujourd’hui, cela nous manque cruellement. » L’ambition : inverser la tendance grâce à un plan massif.

Son objectif est précis : créer au moins 100 industries dans le pays. Pour lui, cette stratégie peut réduire le chômage des jeunes et limiter l’insécurité. « Si nous parvenons à créer au moins 100 industries, le chômage des jeunes diminuera considérablement, tout comme le banditisme », a-t-il assuré.

L’agro-industrie occupe une place centrale dans son projet. Le candidat veut relancer les filières du café et du cacao. Il promet aussi de transformer ces produits sur place pour renforcer la position de la Guinée dans la région. Il prévoit enfin la création d’usines textiles, un secteur qui peut générer de nombreux emplois, surtout pour les femmes.

Une banque pour les agriculteurs, des infrastructures pour tous

Pour soutenir cette transformation, Bouna Keita propose une banque dédiée à l’agriculture et à l’industrie. Il veut offrir aux agriculteurs un outil financier adapté à leurs besoins et accélérer la modernisation du secteur rural.

Son programme inclut aussi un vaste chantier social. Le candidat promet des écoles et des hôpitaux modernes dans toutes les préfectures. Il compte améliorer la qualité des soins et valoriser les médecins guinéens. L’émancipation des femmes constitue, selon lui, un pilier essentiel de son mandat.

Son directeur de campagne résume l’idée maîtresse du RGP : exploiter durablement le potentiel du « pays vert » – agriculture, élevage, pêche et mines – pour financer les infrastructures nécessaires « de Conakry à Yomou ».

Une campagne qui démarre en force

Ce premier meeting donne au RGP un élan important dans une campagne très disputée. Le parti se positionne face à d’autres candidats, dont Abdoulaye Yéro Baldé, qui met lui aussi l’accent sur les emplois des jeunes et l’éducation.

Le pari de Bouna Keita reste clair : séduire un électorat fatigué des promesses non tenues. Il met en avant le rêve d’une Guinée qui maîtrise sa production, transforme ses richesses et crée de la valeur dans le pays. Ce discours volontariste résonne dans une nation en quête de renouveau industriel.

La question demeure : ce programme ambitieux peut-il devenir réalité, ou restera-t-il un simple slogan de campagne ?